Décidément, dans ce canton aux lignes si abruptes, on ne pardonne rien aux femmes. Au pays des mille et un chemins, on s’entête encore et toujours à ne privilégier qu’une voie.
On ne pardonne pas à Marianne Maret d’avoir répondu maladroitement à une question posée par un journaliste. On ne lui pardonne pas d’être femme. On lui en veut donc d’avoir franchement avoué s’être empressée de « rendre la maison impeccable » le lendemain des élections, sans comprendre que cette tentative de maîtriser l’intérieur ne révèle qu’une certaine angoisse, tout à fait légitime, face au défi extérieur qui l’attend ces prochaines années. Une maison nous représente et chaque invité peut sans peine y découvrir les différentes facettes de notre personnalité, or cette femme va représenter la population de tout un canton. On ne lui pardonne pas plus d’avoir été maladroite, et Dieu sait si elle l’a été. Oui, ce n’est pas l’allusion à la femme au foyer qui fâche, c’est la parole qui affirme qu’elle « s’embête », c’est l’affreux sous-entendu qui s’y glisse : la femme au foyer est bête puisque lorsqu’elle s’ennuie, en lieu et place de se former ou de se cultiver, elle persiste et signe en lustrant ses meubles de façon mécanique. Certes, on aurait aimé une Marianne plus habile en terme de communication, une dame Maret qui s’empresse de rectifier immédiatement : on ne lui pardonne pas d’être humaine, on oublie qu’une élection c’est une bombe d’émotions, un shoot d’adrénaline en continu, on oublie que le voyage sera long.
Dans notre vallée, on n’apprécie pas non plus la verdeur. Les Valaisans n’aiment pas la pluie, c’est bien connu.
On ne pardonne donc pas à Sarah Constantin d’avoir répondu à la maladresse par la provocation, opposant au ménage qui enchaîne le plaisir qui délivre. Et voilà donc cette jeune femme fustigée par les politiques pour avoir tenu des propos qui salissent la fonction qu’elle occupait avant que la polémique n’entraîne sa chute, la voilà honnie sur les réseaux sociaux par tous les bien-pensants de cette terre si catholique qu’elle leur fait oublier qu’ils sont tous issus d’un coît qui n’a rien de liturgique. Le parti de la famille – qui n’a rien vu de choquant dans les propos de sa championne – aurait pu s’abstenir d’entrer dans la danse en réagissant aux paroles de l’ex-Co-Présidente de Solidarité Femmes. Sans sexualité, pas d’enfants… sans enfants, pas de femmes au foyer. Messieurs les caciques de tous bords, si la femme peut vous satisfaire, pourquoi la femme ne pourrait-elle pas se satisfaire ?
Avouons-le, c’est une polémique qui n’aurait jamais dû voir le jour, et qui révèle la position fragile de la femme dans une société qui se dit et se voit comme moderne. Acceptons que la femme soit un animal politique tout aussi imparfait que ses homologues masculins, attendons que Marianne Maret prenne place dans son siège, il sera alors temps de la juger sur les actes qu’elle posera, ou non, pour les femmes de son canton. Mais ayons alors l’honnêteté de reconnaître, tous, que c’est une honte que Sarah Constantin n’occupe plus ses fonctions pour avoir osé lancer un pavé de (fort) belles dimensions dans la mare. Marianne Maret pourrait être la mère de Sarah Constantin : ce sont deux générations qui s’opposent, deux visions de la femme qui s’affrontent dans un duel qui n’était jusqu’alors que verbal et qui aurait dû susciter une saine réflexion dans la population, sans qu’aucune instance papale ne s’en mêle en exigeant l’excommunication de l’une d’entre elles.
L’insolence de la jeunesse lui donne le courage de se révolter et de ruer dans les brancards, et ainsi – ne l’oublions pas – de faire avancer le monde. Sarah a peut-être perdu son poste, mais gagné en dignité parce qu’elle a défendu ses convictions profondes avec panache. Marianne a gagné un siège, mais a perdu des sympathies pour ne pas avoir pris la parole et ainsi remettre l’église au milieu du village, en défendant non seulement la libre expression mais aussi la pluralité des visions qui font la richesse de toute société.
Mais nous, les femmes, les femmes de tout âge, les femmes de tout bord, les classiques comme les modernes, les bonnes comme les mauvaises, les grandes comme les humbles, les hétérosexuelles comme les homosexuelles ou les transgenres, nous avons toutes perdu. Nous avons été nos meilleures ennemies pour accepter que cette polémique enfle, pour tolérer non pas la pensée mais la flagellation publique.
Avis à tous les romantiques : aujourd’hui, Victor Hugo s’est cassé la gueule.
Bien dit! Vraiment rien à ajouter.
Excellemment bien dit !
Et ouiiii, « c’est une honte que Sarah Constantin n’occupe plus ses fonctions pour avoir osé lancer un pavé de (fort) belles dimensions dans la mare. «
Une tempête dans un verre d’eau par une jeune nombriliste en quête de promotion. Un aveu que le fėminisme ne dėfend pas les femmes mais les idėes sociėtales de gauche fondėes sur la haine du père/mère/famille/la religion, bref de tous les rėseaux de soutien et de rėsistance au prolėtariat et à l’esclavage contemporain. Une masturbation intellectuelle stėrile tendant à dėvier le regard du vėritable ennemi qu’est le fric du capitalisme mondialisė. L’analyse de Baudrillard permet d’ėcarter nombreuses solutions bidons, favorisant une société de consommation. Ex : Simone de Beauvoir face au mythe de la domination masculine (caverne de Platon) nous propose le mythe de la libertė, ou plutôt l’obligation de travailler à revenu infėrieur et renoncer de plus en plus à sa progėniture. Le taux de fėconditė en Suisse ne permet pas de reproduire la population… Mais bref, un dėbat à ras le caniveau qui fait oublier pour certains de gauche à la peinture verte : la rare pėpite qui est sorti à l’ėmission Mise au point sur le service de la chasse, une vėritable bombe reprise dimanche et lundi en prime time sur la RTS mais complėtement occultėe ces derniers jours par le Nouvelliste. Et L’1dex ?
heureusement que le lectorat valaisan n’a jamais lu « La vie sexuelle de Catherine M. » de Catherine Millet et se contente de lire et relire les Évangiles chaque jour que Dieu fait, histoire de ne pas se laisser tenter pas de mauvaises pensées entraînant parfois si mal gérées de mauvaises actions.
Ce n’est pas qu’elle aie fait le ménage, mais dire qu’elle a fait ce que toutes les femmes font quand elles s’embêtent, non Mme Maret, comment pouvez vous penser cela des femmes, et Mme Constantin l’a relevé avec humour.
Oh non, Béatrice Riand, pas vous aussi ! Vous vous joignez donc au troupeau de celles et ceux qui semblent penser qu’on aurait besoin d’être « défendues »?
Féminité n’est pas faiblesse, cependant.
Mon commentaire Facebook des commentaires Facebook du post de Sarah Constantin sur la masturbation :
En direct, une élue, censée réjouir le coeur des femmes, par le fait de nous représenter à Berne, parle non seulement de ce dont il est question ici, mais nous répète combien elle est trrrrrès rationnelle (avec un naturel feint, plaçant la phrase encore et encore, afin de nous rassurer – elle est femme ET très rationnelle. Ouf ! Est-ce qu’elle a jugé elle-même bon de nous marteler la chose ou est-ce une suggestion / injonction du paternalisme ambiant ?) avant de nous informer qu’elle est superstitieuse et de combien il a été difficile d’être éloignée de ses proches pendant sa campagne.
Et comme on la raille pour ça, une flopée de défenseurs outrés se lèvent.
Bien sûr, elle a besoin qu’on la défende, ce n’est qu’une femme.
Donc, pour nous représenter à Berne, nous avons une ménagère rationnalo-superstitieuse qui, à peine élue, suscite le clivage et qui a besoin d’être défendue / soutenue (gage certain de compétence), et on devrait s’en réjouir, c’est ça ?
Pour ajouter un peu de profondeur au propos, j’ai pu constater, lors d’une journée consacrée à la famille, à l’éducation et à la situation des familles éclatées combien Marianne Maret connaissait mal la réalité du terrain, mais, surtout, semblait se satisfaisaire d’une analyse superficielle à ce sujet.
Marianne Maret fait perdurer une image désuète d’une féminité qui oscille entre dévouement et faiblesse, mais ouf, le patriarcat est sauf, ce qu’illustrent une bonne partie des commentaires ici.
Et on s’offusque de 3 lignes de provoc écrites par une jeune femme ?
Sarah Constantin, vous avez eu tout faux ! Une enseignante qui, de surcroît, (co)préside une association, ne se masturbe pas !
Mais, surtout, vous avez violé 2 règles tacites qui gouvernent le Valais : 1. On ne parle pas de la réalité mais de ce qu’on aimerait qu’elle soit 2. On préfère une continuité dysfonctionnelle au changement.
Je pense que si les partis conservateurs, champions de la non-remise en question, pouvaient faire ôter ce mot du dictionnaire, ils le feraient.
Le changement implique la remise en question, mais, surtout, part de l’idée ô combien inconcevable qu’on n’a peut-être pas tout fait juste.
Donc, Sarah Constantin, masturbez-vous en silence, on ne parle pas de ça chez nous !
Pas plus, d’ailleurs, que des réels enjeux de société, humains, avec une vision à long terme.
L’esprit critique et ouvert ne fait pas partie de nos traditions, dans un canton qui préfère la bonne volonté à l’incisivité, or, la tradition, c’est tout !
Restons, donc, dans le déni et l’hypocrisie.
Car, sachant tous bien ce qui rend sourd… les propos des lanceurs d’alerte de tous bords, dont je fais partie, n’étant systématiquement pas entendus, il semblerait qu’une quantité non négligeable de nos concitoyens pratiquent sans l’assumer…
Donc, finalement, Marianne a raison : on aurait bien besoin d’un bon coup de balai !
Je suis désolée pour vous, Sarah Constantin, d’avoir été amenée à démissionner pour avoir dit tout haut ce que, toutes et tous nous faisons. Tout bas. Ou pas.
Immense ORGASME.