AFFAIRES FIFA. APRÈS LA CHUTE DE LAUBER, GIANNI INFANTINO, CONFRONTÉ À UNE PROCÉDURE PÉNALE, PEUT-IL RESTER EN PLACE ?
31 juillet 2020
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L’1Dex s’interrogeait le 27 juillet 2020 : « après la chute de Lauber, Gianni Infantino peut-il rester en place ? »
Dans son édition du 31 juillet 2020, Mediapart, après la mise en examen par le procureur extraordinaire Stefan Keller, désigné par l’Autorité de Surveillance du Ministère Public de la Confédération (AS-MPC), approfondit le sujet et abonde dans le sens de l’interrogation légitime émise à L’1Dex le 27 juillet 2020.
Le 26 février 2016, Gianni Infantino est donc élu à la tête de la FIFA, avec pour programme de mettre fin aux dérives de l’ère Blatter. « Le monde entier nous applaudira pour ce que nous ferons de la Fifa », lance-t-il le jour de son élection. Le nouveau boss du foot mondial promet la « tolérance zéro » vis-à-vis de la corruption, en commençant par lui-même : « Le président de la Fifa doit toujours montrer l’exemple. » Le journal The Independent du 31 juillet 2020 rappelait les mots mêmes utilisés par Gianni Infantino : « We will restore the image and the respect of Fifa and everyone in the world will applaud us » [nous restaurerons l’image et le respect de la FIFA et chacun dans le monde nous applaudira].
Quatre ans plus tard, Gianni Infantino est à son tour visé par une enquête pénale, qui a sa source dans plusieurs rencontres organisées secrètement par l’entremetteur Rinaldo Arnold, premier procureur du Haut-Valais et ami d’enfance de Gianni Infantino.
Les infractions retenues à ce stade par Stefan Keller, qui constate l’existence des éléments constitutifs objectifs des normes pénales, ont trait à de graves infractions, soit celles d’« abus d’autorité », de « violation du secret de fonction », d’« entrave à l’action pénale » et d’« instigation de ces infractions », selon l’annonce faite ce dernier jeudi par l’AS-MPC. L’abus d’autorité est puni d’une peine privative de cinq ans au plus, la violation du secret de fonction de trois ans au plus et l’entrave à l’action pénale de trois au plus également. L’instigation est punissable des mêmes peines. Les infractions pouvant être cumulées, la peine maximale peut atteindre sept années et demi de prison.
Mediapart écrit que « cette procédure est très embarrassante pour Gianni Infantino » et pose la question de « son maintien à la tête de l’organisation ». Lorsque la justice avait poursuivi en 2015 l’ancien président de la FIFA, Sepp Blatter, et son vice-président, Michel Platini, au sujet d’un paiement présumé déloyal, les deux hommes avaient été suspendus très rapidement par la Commission d’éthique de la FIFA.
L’objectif de ces rencontres pour Gianni Infantino a été expliqué par lui-même dans un courriel du 12 avril 2016 adressé à son ami d’enfance Rinaldo Arnold : « Je vais essayer d’expliquer au MPC qu’il est dans mon intérêt que tout soit clarifié aussi vite que possible, qu’ils disent clairement que je n’ai rien à voir avec ça ». Le scandale s’est encore amplifié avec la mise au jour d’une troisième rencontre secrète tenue le 16 juin 2017 à l’hôtel Schweizerhof de Berne.
La fonction de président de la FIFA, les responsabilités politiques et sportives de Gianni Infantino, l’importance économique de la FIFA dans le sport, le fait que Infantino soit largement responsable lui-même de la chute du procureur général de la Confédération, qu’il va être selon toute vraisemblance inculpé, le fait aussi qu’un procureur extraordinaire ait été désigné par l’AS-MPC, sont des indicateurs limpides de la nécessité éthique pour la FIFA, respectivement pour la Commission éthique de la FIFA de suspendre provisoirement Gianni Infantino de toutes ses fonctions jusqu’à droit connu sur le sort de la procédure pénale ouverte par Stefan Keller.
Le scandale Lauber-Infantino-Arnold illustre une nouvelle fois l’intérêt public des documents Football Leaks. Alors que cette affaire n’aurait jamais été connue sans lui, le lanceur d’alerte portugais Rui Pinto, qui a fourni les documents à des médias, a été renvoyé en correctionnelle au Portugal pour 90 délits, notamment pour piratage informatique présumé. Après un an en détention provisoire, Rui Pinto est désormais en résidence surveillée à Lisbonne, où il attend son procès, qui débutera le 4 septembre 2020. Il risque jusqu’à 25 ans de prison.
On comprendrait mal que Gianni Infantino, en position d’inculpé, même présumé innocent, puisse continuer à représenter dans le monde entier les intérêts de la FIFA et du ballon rond.