VERBIER. VINCENT FRAGNIERE SUR LES TRACES D’ANDRE LUISIER ?

20 juillet 2020

Précision liminaire : le titre m’a été proposé par un correspondant particulier, qui apprécie, comme moi, Vincent Fragnière, l’homme, mais qui peine à le soutenir sur le plan politique et qui regrette qu’il ne veuille pas changer le Valais.

Introduction explicative : Article du Nouvelliste du 20 juillet 2020 page 3

Alexandre Beney, ancien cadreur, monteur et étalonneur à Canal 9, a été désigné par le rédacteur en chef du Nouvelliste, pour suivre les deux dossiers les plus importants du Valais d’aujourd’hui, celui de la Constituante et celui du Verbiergate. Le journaliste, suppléant le chroniqueur judiciaire Gilles Berreau, a donc été chargé d’écrire l’épilogue du Verbiergate. Il est aussi le rédacteur en charge de suivre les travaux de la Constituante. Dans ce dernier domaine d’activité, d’aucuns soutiennent qu’il est le factotum du conservatisme le plus abouti et de l’anti-progressisme le plus sournois. Je ne m’en vais pas occuper aujourd’hui ce terrain spongieux. En revanche, je crois être autorisé à dire quelques mots sur Le Nouvelliste et le Verbiergate.

Le Nouvelliste ne manque pas très souvent de rappeler qu’il fut le premier media à avoir lancer l’affaire des constructions illicites de  Verbier. Mais, dans le même temps, il se garde bien de dire qu’après l’article initial remarquable de Julien Wicky, qui travaille aujourd’hui pour Le Matin Dimanche et 24Heures, le quotidien préféré des Valaisans s’est presque tu. Probablement est-ce la raison pour laquelle Alexandre Beney se garde bien de mentionner le statut de lanceur d’alerte de Gabriel Luisier, les textes rédigés par cet ancien communal sur sa page facebook et les très nombreux articles (pas loin de mille !) parus à L’1Dex sur le Verbiergate. Puisque personne ne le dit, je ne crains pas cette vérité : sans les mots publics de Gabriel Luisier et sans les nombreux articles parus à L’1Dex, le Verbiergate, pourtant l’un des scandales institutionnels les plus honteux de l’histoire contemporaine du Valais, n’existerait tout simplement pas. Faire silence sur ces évidences n’est pas un acte journalistique très glorieux.

Mais il ne faut pas croire que cela ne soit pas pensé.

D’aucuns, au PDC, éclateront de rire en entendant ce propos, selon lequel Vincent Fragnière est un allié des Oranges, puisqu’ils soutiennent à l’envi que le rédacteur en chef du journal est l’un de leurs plus sévères opposants. A ceux-là, je pose cette simple question : alors pourquoi ce traitement médiatique du Verbiergate ?

D’autres diront qu’il n’est pas vrai d’affirmer que Le Nouvelliste n’a pas traité le dossier. Ils s’appuieront sur le premier article, sur le grand dossier du mois de novembre 2018, sur la couverture politique des rapports des experts Bender & Veuthey, Nuspliger, Baechler, Rouiller. Je répondrai que l’on est largement dans le champ de la communication politique déployée par un organe médiatique, sous réserve de quelques articles.

Mon point, aujourd’hui, est d’analyser trois signifiants très précis utilisés par Le Nouvelliste dans son dernier article.

 

1.

EPILOGUE

L’article « litigieux », dès son titre, s’interroge : la mise en prévention de cinq personnes n’est-elle pas l’épilogue du Verbiergate ? Une bonne question inclut la réponse. Le journaliste suggère donc que l’affaire est maintenant bouclée, que les responsabilités sont définies et que l’on peut songer à un mode de liquidation, politique et judiciaire, de l’affaire des constructions illicites de Verbier.

Dans le réel, la procédure pénale judiciaire, initiée formellement en février 2016, avec le rapport Bender & Veuthey, en est au stade de l’enquête préliminaire. Les préliminaires appartiennent moins au champ de l’épilogue qu’à celui du commencement de la chose.

En fait, les Oranges, et d’autres, qui apprécient les autruches, voudraient mettre toutes ces saletés sous le tapis, ne plus en parler, les cacher au fond du jardin, les ignorer à jamais, et espérer que les choses repartent comme en l’an quarante.

Mais l’information transmise aux médias par le procureur Jean-Pierre Greter n’est pas l’écriture d’un épilogue, c’est simplement un constat procédural et matériel liminaire, qui débouchera sur un grand nombre d’autres actes juridiques, que L’1Dex a largement initiés depuis un quinquennat.

 

2.

NEBULEUX

Le Nouvelliste soutient que le dossier des constructions illicites est nébuleux.

Si cette allégation avait trait par exemple à une grosse affaire de stupéfiants, j’aurais pu encore approuver une telle sémantique. En effet, en matière de trafic de stupéfiants, je défie quiconque de construire un état de faits autre que nébuleux. Mais, dans le Verbiergate, pour quiconque veut réellement comprendre la chose, – je ne parle pas ici de ceux qui ne veulent que connaître la surface des faits -, le dossier n’est pas brouillard, c’est le ciel bleu de la clarté illuminée.

Le clair transparaît dans les hommes pris dans la nasse, dans les caractéristiques des actions entreprises, dans le mobile (le fric, le blé ou le flouze) et dans les immeubles concernés. Rien n’est nébuleux, car tout est clair.

Le qualificatif de nébuleux pourrait tout au plus être appliqué aux raisons pour lesquelles Eloi Rossier, dès 2012, a choisi la voie des illégalités de préférence à celle de la légalité. Claude Rouiller avait avancé l’hypothèse que les illégalités avaient été commises pour le bien public. Pourtant, à ce stade d’illicéités, on ne peut que choisir l’adjectif de nébuleux pour tenter de comprendre l’esprit présidentiel au moment où il a signé certaines décisions, notamment celle du renvoi manu militari du soldat Luisier. Mutatis mutandis, cette observation s’applique au Gardien des Traditions qu’est le secrétaire communal, Frédéric Perraudin.

 

3.

COMPLEXITE

 

La rhétorique utilisée presque systématiquement par la justice pénale pour expliquer les retards récurrents des procédures est celle de la complexité. Ainsi, c’était l’argument par exemple avancé par Nicolas Dubuis dans l’affaire des caisses retraites. Ce même argument vient d’être utilisé dans Le Nouvelliste pour expliquer la prescription dans l’accident de vélo survenu il y a près de sept ans à Bagnes. Qu’en penser ? Un mot suffira, bullshit.

La complexité n’a aucun rapport avec la masse des dossiers à traiter. La multitude de dossiers ne crée aucune complexité.

La simplicité se démontre :

a) dans le champ de la LFAIE, il s’agit simplement de vérifier les surfaces et de faire une soustraction;

b) dans le champ des résidences secondaires, aucune augmentation n’était accepte entre le 1er janvier 2013 et le 31 décembre 2015. Quoi de plus simple dès lors à vérifier !

c) dans le champ des mêmes résidence secondaire, après le premier janvier 2016, une augmentation de 30 % était possible. La formule mathématique à appliquer est compréhensible par tout apprenti de première année.

d) dans le champ administratif du droit des constructions (densité, hauteurs, limites, etc.), les fonctionnaires s’agitent dans le même domaine que tous les autres employés communaux exerçant leur activité au sein d’un service de l’édilité.

e) dans le champ des permis d’habiter, il suffit de comparer les plans autorisés avec ceux réalisés sur le terrain; sont-ils, oui ou non, conformes ?

Les seuls cas complexes sont ceux liés aux révocations, un domaine du droit qui n’a pas – pas encore – été réellement appliqué par la commune de Bagnes pour les grandes constructions illicitement construites.

Un journalisme sérieux ne peut pas se limiter à se féliciter d’un article rédigé il y a quelque cinq ans. Un journalisme sérieux ne peut pas limiter son contenu à des textes assimilables pour la plupart à des reprises de la communication transmise par le service de communication de la chancellerie. Le Nouvelliste ne doit pas être une agence de relations publiques des gouvernants, des procureurs et des chefs de service de l’Etat du Valais.

Alors, une question surgit inéluctablement : pourquoi ? La réponse est à mon sens inscrite dans les manquements ignorés, sous-estimés ou méconnus par défaut de curiosité : ne pas se mettre à dos les dominants locaux, ne pas risquer une diminution des abonnements, ne pas se brouiller avec quelques amis chers, continuer à fréquenter les mêmes carnotzets, conserver des sources d’informations faciles, respecter des promesses de non-agression, accroître ses influences souterraines, apparaître comme un organe de presse qui sait et peut convaincre le bon peuple de déposer dans l’urne la bonne liste.

Alors, une question surgit inéluctablement : pourquoi ?

La réponse est à mon sens inscrite dans les manquements ignorés, sous-estimés ou méconnus par défaut de curiosité : ne pas se mettre à dos les dominants locaux, ne pas risquer une diminution des abonnements, ne pas se brouiller avec quelques amis chers, continuer à fréquenter les mêmes carnotzets, conserver des sources d’informations faciles, respecter des promesses de non-agression, accroître ses influences souterraines, apparaître comme un organe de presse qui sait et peut convaincre le bon peuple de déposer dans l’urne la bonne liste.

Du temps de André Luisier, les lecteurs étaient presque conduits par la main dans l’isoloir, les ennemis politiques étaient photographiés en noir et blanc, et les conseillers d’Etat mangeaient dans la main du Big Boss d’antan. Aujourd’hui, la ligne se fait moins directrice, mais les mots édulcorés ou tamisés par une sémantique subliminale, manipulés ou orwellisés, celés dans le marbre ou silencieusement troublés dans leur sens profond, transportent les citoyens-lecteurs vers cette dose nécessaire de servilité moutonnière qui autorisera ensuite les faiseurs d’opinions à constater dans l’après-coup la force jamais démentie du conservatisme valaisan. Les Oranges (1) souriront alors à nouveau à Vincent Fragnière, qui pourra fièrement arborer une médaille à sa boutonnière de sa propre législature, travaillant ainsi main dans la maina avec les pouvoirs économiques et politiques qu’il doit, à l’insu de son plein gré, servir ou contenter.

 

Le Nouvelliste a l’envie de sonner la fin des hostilités et voudrait, sans le savoir ou le sachant, accompagner les lecteurs vers les bonnes listes en automne 2020 et en mars 2021. Mais Je crois que le Procureur Greter va faire son travail. Et plutôt bien. On espère que Le Nouvelliste va lui emboîter le pas, car la responsabilité journalistique va bien au-delà d’une seule couleur, il a une responsablité envers la Cité.

Le jour de son anniversaire, on peut rêver, non ?

Bonjour à tous les Oranges qui ne sont pas arrimés à l’opacité, à l’intransparence et au flou.

 

(1) L’anagramme de Oranges, c’est « Organes » ! Ainsi, les organes politiques de chez nous doivent être des Oranges.

 

 

 

 

2 thoughts on “VERBIER. VINCENT FRAGNIERE SUR LES TRACES D’ANDRE LUISIER ?”
  1. Tout-à-fait d’accord avec vous, Me Riand.
    A l’époque où Vincent Fragnière travaillait pour Canal 9, il menait les débats politiques avec brio. Espiègle, souvent provocateur, vif et, pour moi, si intelligent est devenu, depuis son départ au NF,
    muet voire inexistant.
    Quand on a été dans la lumière pendant des années, l’ombre doit bien refroidir les ardeurs.

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