Les premières fortifications de la ville de Séville, qui s’appelait alors Hispalis, furent construites approximativement entre 68 et 65 av. J.-C. par les Romains, alors que Jules César était questeur de la ville, pour remplacer les palissades de bois carthaginoises. Protégées par des tours cyclopéennes, elles furent prolongées et perfectionnées par Auguste, la ville s’étant développée. Aucun vestige ne reste de ces premières murailles, dont les pierres ont été réutilisées à l’époque musulmane pour la construction de la muraille de l’Alcázar. Par la suite, entre les Ve et VIIIe siècle, les Wisigoths modifièrent la zone sud-est de la muraille romaine.
Destruction des murailles
Les murailles, au milieu du XVIIIe siècle, se trouvaient dans un état déplorable, abandonnées et en ruine à de nombreux endroits, notamment à cause des nombreuses crues du fleuve7, ou volontairement percées à d’autres pour faciliter le passage des personnes ou de marchandises de contrebande. Ces situations fournissaient autant d’arguments pour les adeptes d’une démolition complète de l’enceinte et de certaines portes. À partir de 1859, le sujet fut intensivement débattu entre le conseil municipal (partisan de la démolition), la Commission des Monuments, l’Académie des Beaux-Arts et la Société Économique d’Amis du Pays (Sociedad Económica de Amigos del País). Il fut décidé de détruire partiellement l’enceinte en gardant le tronçon du secteur nord situé entre les portes de la Almenilla et de l’Ossuaire. La démolition débuta par les portes (et les pans de muraille adjacents), celles-ci gênant particulièrement les voies d’accès à la ville, empêchant ainsi leur croissance. Parallèlement, les édifices appuyés aux murailles furent soit rénovés, sauvant ainsi les tronçons concernés, soit détruits.
À la suite de la révolution de 1868, qui détrôna Isabelle II, un des premiers objectifs du nouveau gouvernement qui entra en fonction le fut l’éradication des portes de ville et des murailles, symboles de la répression. Il s’unit à l’aristocratie bourgeoise et marchande pour laquelle l’élimination de l’enceinte, et avec elle l’avènement de nouvelles possibilités de développement de la ville, présentait des avantages évidents. Dans cette période de vide administratif et institutionnel, les murailles purent alors être abattues sans que des institutions culturelles et autres organismes officiels ne puissent intervenir. En deux mois, plus de la moitié des portes encore existantes et une grande partie de la muraille furent partiellement détruites afin que toute possibilité de retour en arrière soit impossible. Ainsi, avant 1868 furent détruites six portes (les portes Royale, de San Juan, de la Barqueta, de la Viande, de Jerez et d’El Arenal) et le guichet du Charbon et, après 1868, six autres portes (les portes de Triana, de l’Ossuaire, de Carmona, de San Fernando, de Cordoue et du Soleil). On n’en retrouve que quatre dans la Séville du début du XXIe siècle : la porte de la Macarena (appelée également arc de la Macarena), la porte de Cordoue, le guichet de l’Huile (postigo del Aceite) et le guichet de la Tour de l’Eau. Trois tronçons de murailles furent en outre sauvés de la démolition : celui situé entre la porte de la Macarena et la porte de Cordoue et, avec lui, sept tours carrées et une octogonale (la tour Blanche), certains pans situés dans les jardins del Valle et le secteur de l’Alcázar. La tour d’Abd el Aziz, la tour de l’Argent et la tour de l’Or furent en outre conservées3.