LCI, RTS, DARIUS ROCHEBIN. ON NOUS A PRIS POUR DE VRAIS CONS

23 novembre 2020

Dans cette conjonction tardive de deux événements, la votation No Billag et le Dariusgate, une question politique surgit qu’esquisse en sourdine Slobodan Despot dans Antipresse de cette semaine : les citoyens n’auraient-ils refusé la redevance s’ils avaient su ?

Je n’ai aucun doute à ce sujet : la RTS eût reçu une fessée exemplaire si ses organes n’avaient joué l’omerta en puissance : « taisez-vous, Mesdames et Messieurs les Journalistes, si vous voulez encore exercer en toute impunité votre métier ».

Et le silence fut donc à la hauteur des enjeux, proprement assourdissant. Mais aujourd’hui se pose abruptement cette redoutable question : n’y a-t-il pas eu une escroquerie politique réussie aux dépens du citoyen-téléspectateur-payeur ?

Celui-ci a en effet été berné, pensant que ses sous transférés à la RTS ne seraient pas utilisés pour rémunérer des harceleurs, des avocates expertes, des conseillers en communication et des indemnités diverses. On me rétorquera que cet argent n’est pas grand chose par rapport au budget général d’exploitation. Je répondrai alors ceci : dans la votation proposée se jouait très clairement la qualité et l’honorabilité de la RTS; alors imaginez le tollé qui aurait éclaté si Le Temps, La Tribune de Genève ou Le Courrier avait proposé aux Romands avant la votation un tel feuilleton. La RTS a triché et a gagné, la RTS a trompé et a engrangé, la RTS a dupé et s’est imposée. Et cette duperie, cette tromperie, cette tricherie n’est pas seulement celle des dirigeants et des harceleurs, elle est celle de chaque journaliste ou secrétaire qui, pour des raisons évidemment diverses, a préféré adhérer à la stratégie de l’omerta. Dont acte.

La conséquence de cet élan en faveur de la duplicité communicationnelle engendre une autre question plus troublante en ces temps où plus personne ne fait plus confiance à plus personne (1) : pourquoi devrait-on maintenant faire confiance à Philippe Revaz, à tous les autres et à leurs invités, toujours les mêmes ? Oui, pourquoi ? Jacques Pilet, l’un des créateurs du Nouveau Quotidien, conseillait ce dimanche sur la RTS aux médias dominants de donner la voix à ceux qui pensent différemment pour permettre aux auditeurs et aux téléspectateurs de se forger proprement leur opinion afin de ne pas laisser un immense espace aux conspirationnistes et aux complotistes. Mais ces tricheurs tout là-haut, sur leur siège d’immortels, arriveront-ils à remettre à flots leurs neurones défaillants, cupides ou indifférents ?

Slobodan Despot doit être lu : « Pour survivre dans une telle tourmente, les médias de service public devraient se remettre profondément en cause, traquer impitoyablement les conflits d’intérêts et commencer à faire connaissance avec la communauté qui les finance, accepter ses goûts, ses problèmes et ses penchants, plutôt que de vouloir à tout prix lui imposer leur morale et leur vision du monde. Avec des poses de «Madame Vertu» que les mœurs de ladite dame, manifestement, démentent. »

La conclusion de Antipresse de ce dimanche doit aussi être lue avec attention : « lorsque Le Temps (3.11.2020) demande [au directeur de la SSR] si l’initiative «No Billag» a «joué un rôle, dans la mesure où il fallait étouffer toute affaire perturbant la communication de la SSR?», ledit directeur général «refuse catégoriquement de faire le lien avec cette initiative». De deux choses l’une: soit il était ingénu jusqu’à la bêtise, ce dont sa carrière d’apparatchik ne témoigne pas, soit il prend une fois de plus les contribuables pour des cons. Or les cons, ça dort profondément, mais il vaut mieux ne pas être là quand ils se réveillent. »

Nous savons aujourd’hui que les organes et les journalistes de la RTS, lors de la votation pour la redevance, nous ont pris, nous téléspectateurs et auditeurs, pour de sacrés cons.

Bonjour à tous ceux qui se réveillent.

(1) Moi pas; j’espère qu’il en va de même pour les lecteurs de L’1Dex.

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

7 thoughts on “LCI, RTS, DARIUS ROCHEBIN. ON NOUS A PRIS POUR DE VRAIS CONS”
  1. Il fallait oser dans ce billet citer en conclusion la réflexion de Slobodan Despot qui trempe dans les milieux nationalistes serbes ou helvétiques. Cette réflexion peut-elle permettre de bâtir un modèle de gouvernance des entreprises de média? Je doute que l’ancien attaché de presse d’Oskar Freysinger qui distille dans l’antipresse son amertume de ne pas participer aux médias puisse me convaincre que s’il avait été à la tête de SSR/RTS de telles dérives ou d’autres ne seraient pas survenues.

    Les donneurs de leçon sont toujours présents quand la crise survient, mais pour prévenir une crise, je ne connais qu’un seul moyen: une culture d’entreprise qui permet de faire remonter tout type de crise à la hiérarchie pour que celle-ci sollicite l’ensemble des collaborateur d’une entreprise pour définir une répondre et s’y tenir.

    La hiérarchie de la RTS/SSR en a été incapable et S. Despot me semble incapable d’en montrer le chemin. La solution n’est pas dans le conducatore ou le gourou, mais dans le groupe.

    Empêcheur de penser en rond

    1. Cher Vous,

      Je vous suggère bien respectueusement de lire « J’aurais préféré Baudelaire heureux » et vous constaterez quelle réponse à été donnée au GROUPE par la gouvernance, par l’administration et par l’institution judiciaire.

      Cela dit, votre commentaire, à mon très humble avis, pèche par méconnaissance ou par procès d’intention.

      Mais, je le reconnais par avance, ce n’est qu’une opinion.

      Un brin autorisée, je crois.

      Bonne après-midi.

      1. Je comprends que les blessures de proches peuvent absorber l’attention. J’apprécie cette réponse, mais reste ferme sur ma position, qui manifestement ne plait pas à la rédaction. J’en ai cure. Despot n’est pas mon modèle de réflexion pour résoudre la crise de la RTS et ne le sera jamais.

        SEULE une culture d’entreprise ouverte sur la résolution des crises peut permettre à la base de trouver une solution à une telle crise, et certainement pas la hiérarchie aveugle de la RTS, ni un S. Despot donneur de leçon.

        Un donneur d’avis qui pèche selon la rédaction par procès d’intention et qui maintient fermement son avis construit par la pratique.

        1. Cette réponse est la démonstration de la méconnaissance de « Baudelaire ». Je ne veux pas dévoiler la suite de peur que vous ne paressiez un peu trop ! Mais, sans spoiler la chose, je veux vous rendre attentif que le GROUPE a joué un rôle décisif en Valais, mais a été « désarçonné » par une hiérarchie « lunaire » (cf. le concept attaché à ce terme). Bonne réflexion en vraie dialectique !

    2. la solution est dans le groupe et dans l’individu membre du groupe et dans sa capacité à prendre et à assumer des responsabilités, ce qui est assez rare de nos jours !

      nous en sommes toujours à l’âge de « mettre la poussière sous le tapis ».

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