LE NF, CIPOLLA, LA CONSTITUANTE. AU NOM DE DIEU TOUT PUISSANT

12 décembre 2020

I

PERSECUTION (JEAN-DOMINIQUE CIPOLLA)

Toutes les religions ne se valent pas… Récemment, des élèves d’un collège ont épinglé les propos d’un prof de philo qui avait eu l’outrecuidance de promouvoir et défendre les bienfaits du christianisme devant sa classe. Il aurait évoqué la saga de l’Occident au travers de ses racines chrétiennes. Les chérubins auraient été blessés par ses arguments de type «conservateur». De surcroît, cet enseignant serait à tel point «doué en rhétorique» que les petits offensés n’auraient pas réussi à contrer ses explications factuelles imparables. C’est gravissime!

Dans une inversion accusatoire courante en pareil domaine, et afin de peaufiner leur attaque, ils consultent un expert auquel ils soumettent le polycopié du docteur en philo. Le spécialiste choisi par nos intellectuels en herbe est un périodique satyrique régional dont la qualité dominante n’est pas la christianophilie, bien au contraire.

L’expert s’empresse de faire mousser. Cette opération, certainement suggérée par quelque adulte bienveillant, a lancé la mise en accusation du prof pour prosélytisme avec circonstance aggravante de «catholicisme conservateur». Voilà l’ambiance scolaire ordinaire, si vous ne sacrifiez pas au politiquement correct de rigueur.

L’histoire de nos racines et surtout de la foi en Dieu de nos ancêtres ne peuvent plus être présentées normalement dans un cours sur les religions. Notre société est-elle toujours fondée sur le bien, le beau et le bon? Les détails de cette délation ordinaire d’un prof extraordinaire ne sont pas tous connus. Mais, professeur, inspecteur et recteur ont été soumis à la question. Ils ont été sommés de s’expliquer publiquement, soupçonnés d’avoir toléré l’intolérable. Le clou du pilori avait déjà été préparé. Les dictatures du siècle passé utilisaient les mêmes procédés pour écraser la vérité.

Sommes-nous revenus à ces temps sinistres pour oser tourmenter celui qui défend ses opinions au nom d’un sain pluralisme, et estimant que toutes les opinions ne se valent pas? L’avant-garde de l’élite éclairée veille au grain. Le recteur, sentant le vent du boulet, a souligné à la presse que «le collège ne baignait plus dans une ambiance religieuse marquée».

Parents, ne vous faites plus de soucis pour la colonne vertébrale des citoyens de demain, ils sont formatés et bien formatés. Pour couronner sa brillante intervention, ledit recteur s’est vanté d’un fait d’armes héroïque et susceptible de le dédouaner, l’enlèvement du crucifix accroché dans le hall de son école.

Peut-être est-ce le moment de rappeler une réplique des «Frères Karamazov»: «Si Dieu n’existe pas, tout est permis!»

Il est vrai, cependant, que le «C» n’est plus tendance, malheureusement. Pourtant, il a toujours été un phare au service du bien commun. Il est admis également que la religion catholique a fait ses preuves par ses œuvres. Aussi, aucune personne ne peut être empêchée de proclamer son «Credo» à temps et à contretemps. C’est une liberté fondamentale. Le lui reprocher, sous quelque prétexte que ce soit, relève de la persécution.

Le Nouvelliste, vendredi 11 mars 2020

II

AU NOM DE DIEU TOUT PUISSANT

 

Nous le disions, nous le craignions, nous l’anticipions : Le Nouvelliste est redevenu Le Nouvelliste de nos ancêtres.

Nous le présupposions, nous l’affirmions, nous l’alléguions : Vincent Fragnière a une admiration sans bornes pour André Luisier (1).

Nous l’évaluions, nous le calculions, nous le pensions : les traditions de la religion sont notre magique potion.

Nous le dessinions, nous le caricaturions, nous le présagions : le clan de l’inquisition morale est celui de la dominance en mode de chez nous.

De quoi parlions-nous ? Qu’observions-nous ? Que devinions-nous ? Que notre salut ne peut être que celui de la conversion en notre chrétienne foi.

Et c’est ainsi que la rédaction en chef du NF, qui lutte contre la subversion, la diversion et la libre opinion, promeut la défense des Preux contre les Gueux, celle des Religieux contre les Belliqueux.

Et c’est ainsi que sur les bancs d’école, à l’argumentation et à la confrontation rivaliseront la confession et la communion.

Et c’est ainsi qu’enfin nous retrouverons les chemins de la vérité, ceux qui accompagneront ces freluquets appelés « chérubins », « petits offensés » et « intellectuels en herbe ».

Oui, nous retrouverons alors par la grâce de la physique et de la philosophie, les Prophètes, les Apôtres et les Saints Diacres qui, par leurs voix de faussets, nous guériront du péché de la chair, du plaisir des caresses adultérines et de cette honteuse maladie qu’est l’amour entre gens du même sexe.

Et Satan ou Lucifer nous délivreront du Mal des LGBT en nous conduisant par leurs exorcismes transfigurés vers les Tables de la Loi.

À la guillotine nous pourrons enfin envoyer le non nommé Laurent Flutsch, qui a accueilli avec tant de malice la parole des insurgés; au piloris nous pourrons afficher Vigousse et L’1Dex; l’extrême-onction sera imposée à Narcisse; au fouet serons punis les méchants athées et les damnés.

Et à Noël, nous offrirons le polycopié servi aux Creusets pour inviter les fougueuses élèves récalcitrantes à revenir dans le droit chemin du Salut, celui qui interdit de montrer les seins avant le mariage et la nuptiale bénédiction.

Le prophète Cipolla et le Saint Apôtre Vincent retrouveront leur rêve inavoué, la Très Sainte Chaire du dimanche, de laquelle ils déploieront vers leurs ouailles agenouillées leurs divines exhortations donnant le chemin vers le confessionnal, avec un « C » retrouvé, à nous autres pauvres pécheurs impénitents qui rêvons plus de Tarot charnel que de Nouveau Testament travesti.

Oui, oh mes Frères, lisez cette tribune d’Éléphant parue à la Gloire de l’Évêché et exigez de recevoir dans votre boîte à lettres le Très Saint et Prestigieux Polycopié du Physicien Chrétien et Philosophe.

Amen.

(1) A ne pas confondre avec l’Archange Gabriel, dit L’Ours du Châble, dont les exploits les plus prestigieux sont bannis du NF.

 

Post Scriptum : tous ceux qui auront lu cet écrit d’un mauvais esprit seront condamnés à réciter lors de la Veillée solitaire de Noël trois Ave-Maria et quatre Notre Père. En latin.

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

6 thoughts on “LE NF, CIPOLLA, LA CONSTITUANTE. AU NOM DE DIEU TOUT PUISSANT”
  1. Oui, cette affaire désuète, à la sauce Don Camillo & Peppone fleure le Valais d’antan. Et les textes qui s’affrontent sont stylistiquement de la meilleure plume. Les frères Karamazov, il fallait y penser, et Riand (sou)riant dans sa meilleure verve pamphlétaire, il est vrai. La tribune du NF demeure dans son caniveau Hersantien qui continue à verrouiller en toile de fond le pimpant Valais. Le spectre André Luisier réapparaît tel un golem des rives du Rhône. Il ne manque que Supersaxo, version dessin animé à la Etienne Delessert pour transformer l’ensemble en conte de fées immémorial alpestre.

  2. vous parlez bien de la gloire de l’Evêché, celui des intégristes ?
    ceux que jamais le Valais n’aurait du recueillir sur ses terres,
    le temps ayant révélé parmi les adeptes de cette presque secte
    des personnages durs, orgueilleux, autoritaires,
    ainsi qu’affamés de pouvoir et de contrôle ?
    Pauvres pseudo chrétiens accordant bien plus de place
    à leurs péchés capitaux qu’à une foi bienveillante et créative !

    un grand théologien chrétien a écrit dernièrement ce magnifique résumé :

    « Ce dont nous parlons, c’est d’un groupe de personnes qui veulent rendre leurs péchés normatifs pour tout le monde. »

  3. La prolongation divine est un garde fou aux portes de la mort ? Les uns et les autres ce croirait Dieu ? Le spectre de Neron guette a ramasser ce silence propice aux pires prédateurs ?
    Dont l amoralite en serait la conception inversée .
    L inceste de la moralité ? Y a t il une étoile ?…

  4. Le recteur qui a ôté le crucifix respecte exactement ce que prône M. Cipolla: mettre au rebut les signes distinctifs du désordre et de la gabegie du tout-permis; ce recteur a certainement Malraux comme avocat, celui qui a dit : « Et le Christ? C’est un anarchiste qui a réussi. C’est le seul. » Historiquement, il est le seul, et tout seul, qui a réussi à faire bégayé le trône des Césars de la Palestine aux catacombes de Rome (avec ses successeurs). Cet aspect figurait-il dans le polycopié de la Saga de l’Occident sous l’angle des racines chrétiennes? Malraux faisait référence aux mêmes racines, mais carrées!

    Pour ce qui est de la question « revenus à ces temps sinistres pour oser tourmenter celui qui défend ses opinions au nom d’un sain pluralisme, et estimant que toutes les opinions ne se valent pas? », c’est curieux que ça vienne sous la plume cipollienne, car c’est exactement l’argument N°1 d’un Tariq Ramadan pour faire passer les thèses des Frères Musulmans au nom du « sain pluralisme » républicain (Rappel: Tariq Ramadan est le petit-fils de Hassan el-Banna, le fondateur des Frères…).

    Enfin, pour suivre le même fil, il suffit de relire les écrits du fondateur d’Ecône pour avoir une idée du sain pluralisme revendiqué plus haut: à l’époque, ce monseigneur a cloué au pilori le système démocratique, et en particulier, le régime parlementaire, non compatibles avec l’Ordre Supérieur. Aux USA, Trump a été élevé, par ses ouailles au titre de « Nouvel Elu » envoyé par la Providence, ce qui prouve que sa carrière n’a pas à dépendre d’élections nationales…
    A ce chapitre, on attend avec impatience que le « sain pluralisme » illuminera le Préambule de notre future Constitution; dans le cas contraire, demandons-nous avec M. Cipolla à quoi pourrait correspondre le concept de « pluralisme à sens unique »?

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