Inceste. Sarah Briguet : « Mon fils est le premier être humain en qui j’ai eu confiance. »

18 février 2021

Liminaire

La deuxième partie de l’article ci-dessous est constitué de phrases prononcées par Madame Sarah Briguet, provenant d’un excellent article paru sur le site du Nouvelliste ce jour, sous la plume de Madame Christine Savioz. Nous vous encourageons à lire le texte d’origine, en cliquant ici. C’est peut-être aussi le lieu de dire qu’une parole aussi forte que celle de Sarah Briguet méritait une bienveillance aussi magnifique que celle provenant de la plume de cette journaliste. Il ne faut pas croire que la révélation d’une telle affaire, en Valais, soit si aisée. Donc, bravo à la journaliste et au rédacteur en chef pour la couverture digne de ce cas.

 

L’1Dex :

Face à ça, – à ça -, il y a l’acceptation du tragique ou le désespoir.

Dans les affaires d’inceste, même prescrites, en France, le procureur ouvre enquête.

En Suisse, que peut-on espérer du ministère public cantonal après un dépôt de plainte ?

L’enquête préliminaire, même si elle doit déboucher sur la constatation de l’existence de la prescription pénale, permet d’exclure d’autres abus et permet de fixer les faits, ce qui n’est pas rien pour une lésée.

 

(PROPOS DE SARAH BRIGUET)

 

«Je préfère dire que je suis une survivante de l’inceste plutôt qu’une victime.»

«Il faut parler pour nettoyer et ensuite se reconstruire. J’essaie d’utiliser le peu de notoriété qu’il me reste pour encourager les gens à le faire»

« Patouch donne des cours de prévention dans les classes. Si j’avais eu la chance d’en bénéficier dans mon enfance, je n’aurais sans doute pas dû traverser tout ça. Si mon témoignage peut aider à la prévention, il n’aura pas été là pour rien».

«Jusqu’à très récemment, je n’arrivais pas à parler des actes subis. J’ai vu plusieurs psychiatres, mais dès que j’arrivais à la phrase: «Mon père n’a pas été correct avec moi», j’étais bloquée. Je ne pouvais pas en dire plus.»

«J’avais 5 ans quand cela a commencé. A cet âge-là, on ne sait pas ce qu’est la sexualité et tout à coup, un adulte en qui tu as confiance t’initie à ce genre de truc.»

«J’avais envie de mourir, de me sauver, mais je ne pouvais pas car j’étais dans un état de sidération.»

« Je me suis vidée ».

«Cela a été le seul moyen de supporter mes souffrances. Mais elles restent au fond de soi, malgré tout.»

«Je revoyais sans arrêt des scènes de mon enfance.»

«Il suffisait d’un geste, d’un regard ou d’une odeur pour me replonger dans l’horreur avec la même intensité qu’à l’époque»

«J’ai dit à mon père d’arrêter sinon j’en parlerai à ma mère.»

«Mais on m’a répondu de garder le secret. J’ai été muselée.»

«J’ai pris le bottin de téléphone et ai choisi un médecin au hasard. Quand j’ai commencé à parler un peu de ce que j’avais vécu, j’ai vu le psy changer d’attitude et cela m’a paru malsain. Je n’y suis plus jamais retournée.»

Son seul objectif est de partir de la maison familiale le plus rapidement possible. Elle obtient un CFC de vendeuse en parfumerie, puis un autre de commerce.

«Ma mère n’a pas pris conscience des blessures graves et profondes que j’ai eues comme conséquences des actes de mon père.»

Après avoir été désignée Miss Suisse : «J’ai cru que j’allais enfin exister. Cela a été pire encore. Je continuais à être un objet. Mon corps n’était qu’un outil pour une image. C’était superficiel.»

A l’âge de 26 ans. «Mon avocat [1] de l’époque m’a découragée de le faire car les faits étaient prescrits. Je sais aujourd’hui que j’aurais quand même dû me rendre à la police pour dénoncer ce que j’ai vécu.»

«Mon fils est le premier être humain en qui j’ai eu confiance. Avant lui, je n’avais confiance en personne, même pas en moi.»

Après avoir déposé plainte : «Je vais aussi me battre pour qu’il n’y ait plus de délais de prescription pour les auteurs d’abus sexuels commis sur les enfants de moins de 12 ans.»

«Aujourd’hui, je me sens vivre, enfin. Et je découvre ce que peuvent vivre des enfants qui grandissent dans une famille saine. Voir évoluer ma fille dans cette ambiance harmonieuse me réconcilie un peu avec mon enfance.»

 

POUR S’ABONNER A L’1DEX

[1] Inconnu de la rédaction

 

Post Scriptum :

Conseils de lecture de L’1Dex

1.

Sur l’inceste :

Camille Kouchner, La familia grande, Editions du Seuil, 2020

2.

Sur le harcèlement :

Béatrice Riand, J’aurais préféré Baudelaire heureux, Editions Baudelaire, 2018 (cliquer ici)

3 thoughts on “Inceste. Sarah Briguet : « Mon fils est le premier être humain en qui j’ai eu confiance. »”
  1. Plus les années passent, plus je découvre qu’il existe d’autres personnes comme moi. Des personnes qui devaient se taire alors que d’autres savaient la vérité. Bien sûr, les raisons des « tabous familiaux » sont différentes. Vivement la fin des omertas en Valais. Courage

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