(PAR VINGTRAS)
La télévision du service public nous a offert hier soir, sur le canal 19 de la TNT, un véritable chef d’oeuvre : une captation de la pièce d’Albert Camus « Les Justes », adaptée et mise en scène par le rappeur Abd Al Malik…
…l’auteur-compositeur de « Gibraltar » a non seulement rigoureusement respecté le texte de Camus mais il a eu aussi l’intelligence de lui adjoindre un contrepoint au présent afin de restituer à l’oeuvre sa virulence révolutionnaire. Et le tout est enrobé et scandé par des slams qui scintillent sur des vaguelettes musicales…
Admirablement interprétée par une troupe cosmopolite de comédiens de toutes origines dont la vitalité exubérante explose littéralement, cette pièce emblématique de l’oeuvre d’Albert Camus nous propose de suivre un groupe de jeunes anarchistes qui a pris la décision d’exécuter un « grand Duc », c’est à dire la figure de proue d’un pouvoir autocrate exécré…
Que ce soient Marc Zynga, Sabrina Ouazini, Frédéric Chau ou Clotilde Courau…ils habitent tous leur personnage et sont ainsi les porte-paroles de la pensée libertaire et humaniste d’Albert Camus dont la résonance actuelle est salutaire et bienvenue.
Car si les motivations de ces jeunes révoltés se fonde sur les intolérables injustices et turpitudes d’un monde dominé par les castes de nantis, ils n’en demeurent pas moins des êtres humains vulnérables dans leur affectivité ainsi que dans cette quête désespérée d’une hypothétique fraternité qui est officiellement proclamée mais qui est en réalité sinistrement bafouée !
« Il faut faire respecter l’ordre des choses ! » clame inlassablement celui qui est en charge de la sécurité publique…
Oui, mais de quel ordre s’agit-il ? Serait-ce celui que citait Saint-Just pour s’opposer au discours de Couthon ?
En apportant une réponse globale à cette question fondamentale, « Les Justes » constitue une méditation sur l’anarchie, cette doxa propre aux révoltés que les gauches institutionnelles rejettent avec mépris et combattent parfois avec violence car ils sont dans l’incapacité d’imaginer un univers sans oukases ni contraintes, un monde où « la liberté s’éveille enfin au souffle de la vie ».
En ayant parfaitement compris ce message, Abd Al Malik vient de rejoindre les grands passeurs universels de l’émancipation humaine.
Il est digne d’appartenir au cénacle des Communeux.
Informations complémentaires
Abd al Malik, né Régis Fayette-Mikano, est un rappeur, slammeur et compositeur français.
Né d’un père haut fonctionnaire congolais, il vit avec sa famille à Brazzaville entre 1977 et 1981. À son retour en France, il grandit dans une cité HLM du quartier du Neuhof à Strasbourg. Après le divorce de ses parents, c’est sa mère seule qui l’élève avec ses six frères et sœurs. Il est entrainé très jeune dans la petite délinquance (vol à la tire et vente de drogue)
Grâce notamment à une enseignante qui l’oriente vers le collège privé Sainte-Anne à Strasbourg, il poursuit ses études. Il est admis au lycée Notre-Dame des Mineurs, puis intègre l’Université Marc Bloch dans un double cursus philosophie et lettres classiques. Il fonde à cette époque avec son grand frère Bilal et son cousin Aissa le groupe de rap N.A.P.. Il choisit son nom de conversion et de scène en référence à son propre prénom de naissance (Régis – du roi en latin – correspondant au mot arabe Malik : roi).
Il se marie en 1998 avec la chanteuse Wallen (Nawell Azzouz, 1978), avec laquelle il a quatre enfants. Il devient en 1999 disciple du maître spirituel marocain Sidi Hamza al Qâdiri Boutchichi.
En 2004, il publie son premier album solo, « Le Face à face des cœurs », qui atteint la 155e place des classements français. En 2006, il publie son deuxième album, « Gibraltar », qui atteint la 13e place des classements français et obtient de nombreux prix.
Son œuvre s’inspire de l’islam soufi auquel il s’est converti au cours de son adolescence. Abd al Malik milite depuis pour la paix et pour un « vivre ensemble ». Son style musical mélange rap, jazz et slam au ton volontiers « sérieux ». Il n’hésite pas à faire référence à d’autres chanteurs de langue française, comme Jacques Brel dont il reprend la chanson « Ces gens-là ». Ses chansons cherchent à mettre en valeur un texte fort de sens et d’émotion, chanté ou récité, accompagné d’une musique qui doit appuyer l’intensité des paroles.
En 2005, Abd al Malik publie l’ouvrage « Qu’Allah bénisse la France », qui obtient en Belgique le Prix Laurence Trân 2005. En 2009, il publie « La guerre des banlieues n’aura pas lieu », qui obtient le Prix de littérature politique Edgar-Faure en 2010. En 2019, il sort son premier roman, « Méchantes blessures », aux éditions Plon.
En octobre 2019, il met en scène au Théâtre du Châtelet la pièce d’Albert Camus, « Les Justes ».
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