Verbiergate. Un puits sans fond de bienveillance

29 avril 2021

Je crois avoir démontré sans difficulté le caractère totalement arbitraire de la prise en charge des frais d’avocat des deux accusés par l’État du Valais dans mon précédent article. Je pourrais très facilement démontré la fausseté absolue de la position juridictionnelle du second titre faux, peut-être le ferais-je plus tard. Ce qui m’intéresse aujourd’hui est de déterminer la cause de cette bienveillance institutionnelle remarquable à l’égard de deux pécheurs impénitents.

Le Valais des dominants, comme l’a chanté à l’époque sur tous les toits l’ancien procureur général Jean-Pierre Gross, sait abandonner sans coup férir ses brebis à ses yeux trop égarées. Les fonctionnaires PDC de l’Affaire Filippini eurent à subir de lourdes peines; personne n’a cherché à sauver les protagonistes principaux de l’Affaire Dubuis-Dussex; les membres PDC de la BCVs de l’Affaire BCV-Dorsaz ont  été jetés aux orties; Otto G. Lorétan, même défendu par Me Roland Fux, n’a pu éviter de longues années de prison; la même mésaventure fut celle de Ignace Rey, abandonné et lourdement condamné.

Alors comment se fait-il que Rossier et Perraudin soient si légèrement condamnés ? Cette question est faussement articulée. En fait, il faut savoir que l’Affaire Gabriel Luisier n’est qu’une broutille dans l’affaire des constructions illicites de Bagnes. Elle est essentielle pour l’Ours du Châble, mais complètement accessoire pour le président et le secrétaire. Ou, plus justement énoncé, elle est symboliquement d’une très forte portée, mais réellement subsidiaire par rapport aux tornades que seront inéluctablement l’affaire principale des constructions illicites et celle, honteusement scandaleuse, du parking des Marais-Verts.

En dépit de ces considérations, qui cherchent à démontrer que les malversations les plus délétères pour la commune sont celles qui n’ont pas encore été jugées, la peine infligée aux accusés dans le cas de l’Ours du Châble est d’une rare bienveillance. La qualité de cette gentillesse apparaît aussi dans le fait que, contrairement aux actes du dossier, le juge a imaginé une absence d’intention dans le choix de la fausse date, sauvant les coupables par la grâce de l’existence inventée d’une négligence et non d’une intention délibérée.

Que voit-on ici si l’on connaît le droit pénal ? Un grandiose copier-coller de cette chose insolite qui a jadis sauvé le procureur général, c’est-à-dire la réalisation de tous les éléments constitutifs objectifs de l’infraction, mais l’absence supposée de toute intention. En somme, me voici avec un pistolet chargé face à ce mec dont je veux me débarrasser, j’appuie sur la gâchette pour le dégoupiller, ma cible s’en va rejoindre Saint-Pierre, et le juge nie l’assassinat ou le meurtre pour invoquer une simple négligence, mon doigt ayant par inadvertance appuyé sur la gâchette. Peine avec sursis et mon assurance RC indemnise les enfants de ma victime.

À Bagnes, les bigots Rossier et Perraudin savaient parfaitement que s’ils mentionnaient la vraie date du licenciement, le 10 novembre 2015, et non la fausse date du 23 février 2016, Gabriel Luisier se lancerait de manière implacable dans une procédure administrative très dangereuse pour tous les petits dominants de là-haut. Cette double manipulation, consistant à dater faussement une décision administrative et à inscrire un faux motif de licenciement, est d’une gravité sans nom dans le champ institutionnel. Tous les défenseurs de la fonction publique, la gauche notamment, tous les opposants au régime des Oranges, tous les légalistes formalistes, tous les résistants à un État hors-la-loi auraient dû hurler à travers la Cité pour stigmatiser ce genre d’atrocité symbolique.

Le juge, produit de son temps et de son espace de vie, ne fut que l’image de tous ces silencieux, qui savaient, mais qui ont préféré conserver leur immature gentillesse à l’égard de ces gens qu’ils pourraient rencontrer au hasard de l’une de leurs promenades ou sur un télésiège. Il est facile d’assassiner sur la place publique une personne que jamais plus l’on ne côtoyera; il est plus difficile d’adopter la même attitude pour un proche voisin ou pour une autorité d’une commune voisine.

Éloi Rossier et Frédéric Perraudin disent vouloir faire appel. Ils l’ont annoncé. Autre est la question si réellement ils vont le faire. Dans la mesure où jamais ils n’ont suivi mes conseils, je leur propose d’accepter cette sentence. Ne le feraient-ils pas qu’ils pourraient avoir à subir un procès en appel autrement plus difficile. De plus, même un renoncement de leur part m’exclût pas un second procès.

Si le procureur Greter fait son travail et exerce son métier.

Le Verbiergate est devenu un puits sans fond parce que, je le dis sans humilité, personne n’a suivi les conseils de L’1Dex, ni ceux de l’Ours du Châble.

Bonjour à tous ceux, dans des fonctions à responsabilité, qui m’auront lu et compris.

Post Scriptum : Monique Bruchez, ne vois-tu rien venir ?

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

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