Valais – Gauche alternative- politique : que s’est-il passé en 10 ans ?

2 mai 2021

(PAR OLIVIER COTTAGNOUD)

Pour les dix ans de L’1Dex, Olivier Cottagnoud nous fait l’amitié de ce texte

Mon 1er papier politique pour l’1dex date de 10 ans et avait un titre prédéfini par son rédacteur : « La révolution à l’1dex ». J’y dissertais sur la nécessité d’une gauche différente, plus combative, moins gouvernementale, plus syndicale, moins bobo. Une gauche qui sache dire NON, par exemple au libre-échange ou à l’Union européenne. Une gauche pour qui « protectionnisme » n’est pas un vilain mot. Nous avions créé la Gauche Valaisanne Alternative (GVA) avec d’autres camarades comme alternative au PS que nous trouvions trop embourgeoisé. Plusieurs figures, passées ou actuelles, du PSVR nous avaient rejoints. D’autres ont fait leurs 1ères armes avec la GVA, telle Barbara Lanthemann qui se présentait sur notre liste aux élections fédérales de 2007. Quelques années plus tard, elle a eu la franchise de nous avouer chercher une tribune avec une meilleure audience afin de faire passer son message, et elle a finalement rejoint le PS avec notre assentiment. Les débuts de la GVA furent prometteurs, avec au tableau de belles initiatives comme celle pour un salaire minimum en Valais, pour laquelle l’ensemble des forces de gauche et syndicales en Valais s’était joint à nous. Du côté électoral, le succès fut inversement proportionnel à l’ambition de notre programme (0.6% aux élections fédérales 2011). Depuis lors, des forces jeunes, militantes et syndicales ont remis le PSVR sur le droit (plutôt gauche) chemin et notre action est devenue moins nécessaire, et nous avons enterré la GVA à fin 2020. Je souhaite plein succès à la section valaisanne du POP nouvellement créée comme alternative au PSVR.

Au niveau local, en 2011 à Vétroz, nous venions de créer l’Alternative Vétrozaine avec Dominique Kuster comme alternative aux partis bourgeois en place. Au départ, nous avions un statut de quasi terroristes, et 10 ans plus tard, nous siégeons les deux (sur cinq) au Conseil municipal et nous représentons la 2ème force politique communale. Par deux fois, les électeurs Vétrozains m’ont choisi comme président en place de candidats PDC.

En 2011 toujours, je siégeais au comité de l’initiative pour l’abolition des forfaits fiscaux en Suisse. Actuellement, président de commune, bien que toujours opposé aux forfaits fiscaux des personnes privées, je serais prêt à négocier un arrangement fiscal pour qu’une entreprise vienne s’installer dans ma commune. Je le dis sous forme de boutade : depuis que je suis président, je suis devenu capitaliste…. En effet, il faut de l’argent pour réaliser des projets. Toute la question étant : où le prendre ? Dans ma logique, il faut le ponctionner où il se trouve en suffisance, par exemple dans les transactions financières et boursières (taxe Tobin etc.) et par une priorisation de l’impôt au détriment des taxes de consommation qui péjorent les classes moyennes et les petits revenus. Malheureusement, les lois votées à Berne vont dans le sens contraire et taxent durement les faibles revenus des familles au nom du sacro-saint dogme du pollueur-payeur. Au niveau communal, nous sommes contraints d’augmenter les taxes, proportionnellement au nombre de personnes du ménage pour tout ce qui touche les déchets et les eaux (potable, usées, irrigation), et puisque les finances communales s’en trouvent améliorées, on baisse les impôts, ce qui réjouit les grands revenus. La justice sociale n’a pas la même logique que la justice environnementale.

Concernant le Valais, la majorité absolue du PDC au Conseil d’Etat est enfin tombée. C’est une excellente évolution pour notre canton. En 164 ans, cette majorité absolue a eu le temps de connaître et perfectionner le pouvoir et son usure. Elle a mis en place un système clanique dans lequel il fallait être « des nôtres » pour obtenir des mandats ou des postes à responsabilité dans l’administration cantonale. Il fut un temps où la nomination d’un chef de service non membre de la « famille C » était une exception. Je fabule ? pas du tout. Il y a une quinzaine d’année, un dirigeant du PDC du centre a dit à un cadre du canton, et du PDC local : « pourquoi n’as-tu pas postulé cette place de chef de service ? c’était à notre tour (PDC du centre) ». Il y avait donc un tournus entre les 4 branches de la « famille C » pour les nominations de chefs de service. Et malheur à ceux qui voulaient nager à contre-courant dans ce Valais des relations politiques. Leur avenir professionnel était hypothéqué. Les exemples de Joël Rossier (ancien chef du service de l’environnement) ou du jeune et prometteur député Jérémie Pralong en sont des reflets.

Pour terminer avec les 10 ans de L’1Dex, celui-ci fait œuvre de salubrité démocratique publique et il faut le soutenir. Quant à son rédacteur, même ses farouches adversaires reconnaissent son travail. Compliment entendu de la bouche d’une des cibles privilégiées de Stéphane Riand : « dommage qu’il fasse feu tous azimuts, car il sort des choses très intéressantes » [1].

Longue vie à L’1Dex et au Valais régénéré.

 

[1] Imaginons, mais imaginons seulement, que la cible ciblée vive à Vétroz. Alors, je lui dis calmement : va falloir t’améliorer, sinon L’1Dex va continuer à sortir des « choses très intéressantes ».

2 thoughts on “Valais – Gauche alternative- politique : que s’est-il passé en 10 ans ?”
  1. M. Cottagnoud, votre raisonnement et constat me semblent limpides et j’y adhère totalement. Comme vous je trouve la gauche pas assez combative, et pour moi on ne peut être de gauche et adhérer au libéralisme pur et dur de l’UE (j’adhère à l’idée d’une Europe mais pas du tout à ce qui en a été fait) et votre parti n’existant plus, je m’identifie actuellement beaucoup plus avec le POP qu’avec le PS

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