Etat du Valais, ministère public. « Vous direz au procureur qu’il faut qu’il prenne la retraite et qu’il aille écrire des romans policiers »

1 septembre 2021

Séance hallucinante [1] à la Rue des Vergers cet après-midi.

Je défends une victime de diffamations et de menaces. Mon client et moi-même sommes restés muets.

 

La procureure interroge sereinement le prévenu :

– « confirmez-vous vos déclarations antérieures ? »

En substance, l’homme interrogé est tout à fait fier de confirmer toutes ses déclarations.

Et puis, soudain, on s’aperçoit que le prévenu avait en tête le dossier n° 38 et non pas le dossier n° 32.

Parenthèse : mais pourquoi donc les dossiers relatifs aux mêmes personnes ne sont-ils pas confiés au même magistrat ? Même les avocats ne s’y retrouvent plus. On pourra certes rétorquer au prévenu inattentif que la citation mentionnait bel et bien le dossier n° 32 et non pas le dossier n° 38.

Toujours est-il qu’à un moment donné, le brave homme s’est levé de sa chaise pour apporter à la magistrate un brin interloquée, non pas une, non pas deux, mais trois ordonnances. Fallait pas être trop bourré pour bien distinguer le bon grain de l’ivraie.

Je ne suis pas sûr qu’à la fin de l’interrogatoire le Monsieur Hérensard ait bien compris que la procureure ne s’occupait pas du dossier de son collègue, mais seulement de l’une des deux autres ordonnances.

Et tout s’est encore compliqué lorsque, interrogé sur l’une des ordonnances du dossier n° 32, le prévenu brut de décoffrage a compris qu’il était interrogé sur des infractions commises au détriment d’une autre « victime » absente.

En gros, à un moment donné, nous avons tous compris que nous nagions ensemble dans un vrai couscous procédural valaisan concocté par l’organisation peu efficace de la Rue des Vergers.

Bon, tout ça n’est pas bien grave, puisque l’homme, non assisté d’un avocat, continuait à répondre avec une grande sincérité aux questions qu’on lui posait. Son discours visait toujours – grosso modo – les faits de l’ordonnance rédigée par le procureur mâle absent.

Après avoir dit à plusieurs reprises « ne pas avoir confiance dans la justice valaisanne », l’Hérensard de là-haut a haussé la voix et a très clairement fait comprendre à la procureure, – dont l’attention n’a jamais faibli -, qu’il fallait noter ceci dans le procès-verbal :

– « Vous devez dire à ce procureur, et il faut le noter dans le procès-verbal, qu’il doit prendre sa retraite et qu’il aille écrire des romans policiers ». Il soutenait en substance que tous les faits mentionnés dans l’ordonnance non examinée étaient faux ou carrément inventés.

La fin de la séance fut épique, le prévenu refusant à plusieurs reprises de signer le procès-verbal :

– « je ne signerai ce procès-verbal que devant un juge et en présence de mon avocat ».

– « ah, vous avez un avocat ? »

– « non, mais je vais en choisir un à Genève ou à Fribourg, parce que, ici, tous les avocats sont copains avec les procureurs ».

J’ai failli prendre la parole pour dire à ce brave homme très remonté que je n’avais encore jamais eu le plaisir de prendre un verre avec cette procureure. Mais, à vrai dire, mon silence fut plus approprié, dans la mesure où la semoule servie par ce mélange de dossiers, de causes, de faits et de parties civiles ne laissait plus de place à la moindre logique procédurale.

Il est donc possible qu’à brève échéance le procureur neuchâtelois Nicolas Feuz soit en compétition au prochain Festival du Polar à Lyon avec un procureur valaisan à qui un grand avenir a été prédit par un prévenu hérensard qui ne se prénomme pas Maurice.

 

[1] Je suis toujours un défenseur acharné de l’utilisation de la video pour les séances d’instruction pénale, ce qui ne serait nullement contraire aux exigences de publicité fixées dans la CEDH. Je crois que la Rue des Vergers pourrait rivaliser avec pas mal de producteurs hollywoodiens.

 

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

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