Etat du Valais. La PNL est-elle un outil utilisé par le procureur général ?

9 août 2022

L’Express édite dans son dernier numéro hebdomadaire un dossier portant sur les dérives du développement personnel à patine scientifique voulant se recouvrir d’une aura fictive de sérieux. Parmi les éléments relevés figure naturellement la programmation neurolinguistique (PNL) introduit comme l’art de la manipulation.

La PNL constitue un vaste fourre-tout, tant dans ses inspirations que dans ses applications revendiquées, allant du simple développement personnel aux troubles comportementaux (phobies, TOC) ou aux troubles psychologiques (dépression). On y retrouve l’usage constant d’un langage se voulant scientifique, entre références aux neurosciences ou à la linguistique. Pourtant, les validations expérimentales ne suivent pas. En 2012, le psychologue polonais Tomaz Witkowski publiait une analyse exhaustive de 401 articles concernant la PNL. 71,5 % de ces contributions étaient défavorables. De plus, la confirmation de certains résultats positifs a sa source dans le fait que la PNL s’approprie des réussites de la psychologie ou de la psychothérapie, leur donnant son propre nom et les vendant comme étant les siennes. Pour ce psychologue polonais réputé, tout cela ne prouve pas que les méthodes PNL représentent un système cohérent de savoir et d’applications pratiques en résultant.

La PNL accorde une place importante aux mouvements des yeux, qui auraient une signification particulière en fonction de la direction prise. Une interprétation basée notamment sur la distinction entre le « cerveau gauche », qui serait le lieu de la rigueur, et le « cerveau droit », siège de l’imagination – un mythe simpliste démenti par les neurosciences.

Le mouvement des yeux serait la clef de compréhension de l’autre. Ainsi, les yeux de votre interlocuteur sont dirigés vers le haut à droite, ils indiqueraient une image visuelle construite. Les yeux se dirigent à gauche, ils indiquent les sons ou les mots remémorés.

Il faut ici savoir qu’il peut y avoir inversion chez certaines personnes entre droite et gauche. Pour résoudre l’énigme, il conviendrait alors de poser une question faisant venir une image remémorée et de vérifier si le regard se dirige bien à gauche, dans le cas contraire, il suffit de tout inverser.

Comme le savent les lecteurs de L’1Dex ayant lu à plusieurs reprises L’imposture du regard, le procureur général n’a pas hésité en son temps à qualifier de menteur un prévenu dont le mouvement de la pupille droite dirigée vers le haut à droite cherchait à savoir pourquoi l’homme de loi voulait vérifier son identité qu’il connaissait déjà. A cette simple question suivie d’un mouvement de la pupille droite vers le haut, le procureur général, alors juge d’instruction cantonal, se vantant de ses connaissances rapides en programmation neurolinguistique avait traité le futur accusé et condamné de « menteur, menteur et menteur », devenant si rouge de confusion que son visage ne pourra jamais quitter les participants à ce moment procédural inégalé.

Des années se sont écoulées depuis cet instant inoubliable. On ne va pourtant pas imaginer, les articles récurrents de L’1Dex ne faisant rien pour écarter cette hypothèse, que la justice pénale s’est améliorée, puisque Nicolas Dubuis a été promu à la fonction de procureur général, dans laquelle, j’ose le dire sans trop de risque de me tromper, il ne brille guère.

Lisant cet article de L’Express en août 2022, me vient cette idée, qui prend appui sur la couverture : serait-il possible que les dérives constatées du développement personnel aient pu produire en Valais ces dérives également constatées du ministère public sous l’ère d’un procureur général qui, dans une procédure pénale phare de ces dernières années, prônait en sa qualité de juge d’instruction pénal, devant son prédécesseur, deux membres de la police, un prévenu et un auxiliaire de justice, l’utilisation à un moment crucial de l’instruction de la programmation neuro-linguisitique ? Il est impossible de savoir si cette considération relève du registre de l’hypothèse, de l’imagination ou du concret. En revanche, les articles de L’1Dex l’attestent depuis des années de manière criante, ces dysfonctionnements répétés ont une cause qu’un état de droit respectueux des justiciables doit éclaircir sans désemparer.

Ces dérives, diverses et variées, ne sont pas organisationnelles, structurelles ou fonctionnelles. Elles appartiennent à d’autres champs, parmi lesquels les faux savoirs affectant certains magistrats peuvent jouer un rôle crucial. A défaut, il faudrait privilégier l’incompétence ou la malhonnêteté, ce que le Grand Conseil paraît avoir écarté. Mais des carences dans la subjectivité de certains esprits trop absorbés par des idéologies internes non maîtrisées peuvent alors expliquer des dérives internes aux procédures.

L’amélioration nécessaire de la justice pénale ne pourra pas passer exclusivement par l’utilisation du miracle du déni, nonobstant les qualités multiples des autruches implacables s’abritant sous des auvents institutionnels pour éviter d’avoir à affronter ce réel si inconfortable.

 

Référence :

L’Express du 28 juillet 2022, « Fourre-tout. Des courants toujours plus nombreux », Couverture : « Les dérives du développement personnel », p. 20

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

5 thoughts on “Etat du Valais. La PNL est-elle un outil utilisé par le procureur général ?”
  1. Je reçois à l’instant un excellent commentaire d’une employée communale que j’ose partager : « L’homme devient dangereux quand il est persuadé d’être intelligent, et c’est là que s’installe la plus grosse bêtise humaine ».

  2. Dangereux aussi dans toute forme de thérapie mal utilisée voir utilisée dans un but de contrôle, de manipulation ou de modification des perceptions d’une personne ce que peut très bien faire par exemple l’hypnose conversationnelle dont l’usage devrait être bien plus que modéré, voir pire.

  3. est-se que l’exprès parle aussi de la psychotronique ?

    a ben non, chu bête, la psychotonique s’ai pas du développement pairsonel,

    s’ai du control à distance, ah ah, mai il parait que sa agit sur lè yeux et induit des mouvements, oui oui,

    j’en n’ai vu déjà par isi !

  4. « La PNL accorde une place importante aux mouvements des yeux, qui auraient une signification particulière en fonction de la direction prise. »

    NLP Eye Accessing Cues – Peut-être l’élément le plus incorrectement cité de la PNL ?

    Lisez ce que les fondateurs de la PNL Grinder/Bandler ont réellement affirmé et/ou lisez l’étude de l’Université de Genève (Eye Movements: Looking up improves performance in verbal tasks, Research by Christophe Carlei & Dirk Kerzel, University of Geneva, 2020) et/ou finalement en 2015, un ancien mystère a été résolu, et une pierre angulaire du modèle PNL a pris pied dans la science (
    Eye Movement Research: Core NLP Hypothesis Vindicated, Dr. Richard Bolstad, 2015.). Et d’autres textes passionnants sur le sujet
    https://www.ia-nlp.org/scientific_research

    Aucun praticien sérieux de la PNL n’affirmerait que les mouvements oculaires peuvent donner une indication de mensonge ou de vérité.

    1. Telle est la position prise il y a bien longtemps par L’1Dex face à celle utilisée par le procureur général sans qu’aucun acteur institutionnel ne le désapprouvât avec force. Donc merci pour ce commentaire éclairant !

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