La qualité du ménage effectué par le ministère public cantonal valaisan est-elle un signe de bonne santé de la justice pénale ?

12 août 2022

Sous la plume de l’agent de communication du ministère public cantonal, Monsieur Charrue, Le Nouvelliste se réjouit presque de la légalité de la résiliation des rapports de service d’une procureure dont la fonction n’avait pas été reconduite. Le Bureau central du ministère public cantonal a donc fait le ménage en liquidant trois dames sans avoir fait preuve de discrimination, dit-on en s’appuyant sur le rejet du recours au TF de l’une d’entre elles.

L’avocate haut-valaisanne de la plus récalcitrante des trois n’ayant pas daigné commenté auprès de Sieur Berreau la qualité du jugement lausannois, L’1Dex n’ayant pas encore lu le jugement de dernière instance cantonale ne va pas trop ergoter sur les raisons de ce départ même pas précipité. Il apparaît en l’état ceci : « Aussi bien le TC que le TF ont confirmé que la procureure a eu un comportement inapproprié envers des supérieurs, des collègues et des personnes extérieures. «Certaines de ses déclarations sont susceptibles de nuire à la réputation du Ministère public.» A lire les autorités judiciaires, on découvre une collaboratrice très difficile à gérer sur le plan humain. »

Cela légèrement soupesé, il paraît décent d’émettre les observations suivantes, qui ne sont pas présentées ici pour invalider la résiliation, mais pour faire briller d’autres qualités de certains membres de la Rue des Vergers :

  1. A la résiliation de la vilaine a participé le procureur général, Nicolas Dubuis, dont les défaillances d’une gravité certaine puisqu’elles ont conduit notamment à l’ouverture de deux procédures pénales qui ont démontré la réalisation de tous les éléments constitutifs objectifs des infractions retenue, qui a bénéficié d’une bienveillance incomparable de la part du Grand Conseil.

  2. A la résiliation de la vilaine a participé également le premier procureur du Haut-Valais, également membre de droit du Bureau central du ministère public cantonal, Rinaldo Arnold, dont le rôle crucial dans les Affaires FIFA est apparu dans une lumière assez désagréable lors du dernier procès Blatter – Platini. Rinaldo Arnold fait l’objet aujourd’hui d’une plainte déposée auprès du Conseil de la Magistrature. Son rôle d’intermédiaire dans les rencontres occultes acceptées par le procureur général de la Confédération a fait l’objet à ce stade, sans réel examen, d’une absolution remarquable qui, manifestement, n’a pas été accordée à cette procureure « renvoyée ». L’enquête pénale en cours auprès d’un procureur extraordinaire de la Confédération dira ce qu’il faudra penser de toutes les qualités de l’ami d’enfance de Gianni Infantino. De même, un juge d’instruction français, àl suite d’une plainte pour trafic d’influences, pourrait aussi être amené à s’intéresser à ces réunions secrètes tenues sans procès-verbal hors procédure et à l’origine de celles-ci.

  3. Ce qui est ici signifié par les deux paragraphes précédents est assez facile à formuler : au moins deux des membres du Bureau central du ministère public cantonal n’ont d’autre légitimité à l’exercice de leur pouvoir que celui ayant sa source dans l’indépassable clémence des autorités de poursuite pénale ou de surveillance à leur égard. Comment dès lors pour un observateur extérieur apprécier sans restriction la qualité de ces mesures d’éloignement de la sphère judiciaire prononcées par un Bureau central du MP lui-même affecté par des comportements anormalement déficients ?

  4. Mais le plus extraordinaire dans cette nouvelle séquence marquant un dysfonctionnement structurel marqué réside peut-être dans ce paragraphe : « Le TC relève qu’à partir de 2014 la magistrate avait été interpellée régulièrement sur son comportement. La procureure s’est d’ailleurs excusée à plusieurs reprises entre 2015 et 2017. En vain. En 2020, elle avait fait l’objet d’une procédure disciplinaire. » Ainsi, pendant des années, les autorités ont fait la sourde oreille face à des comportements défaillants. Peut-on croire que ces anomalies criardes, puisque reconnues comme telles par le TC et par le TF en 2021 et 2022, n’ont pas existé face aux justiciables. Si la procureure « licenciée » a eu « un comportement inapproprié envers des supérieurs, des collègues et des personnes extérieures », peut-on légitimement penser que ces traits caractériels n’ont pas surgi face à des justiciables lors des séances d’instruction !

A mes yeux d’observateur expérimenté de la chose judiciaire pénale, il n’est pas curieux qu’un procureur général n’ayant pas vocation intime à exercer ce métier ait pu se satisfaire pendant de nombreuses années d’une subordonnée manquant elle-même des qualités personnelles dont doivent disposer tous les magistrats.

Il est assez rare qu’un père de famille exécrable puisse éduquer ses enfants de telle manière que ceux-ci deviennent des exemples pour la Cité. Les effets toxiques d’un leadership gravement défaillant peuvent conduire de même à certains comportements dont le peuple pourrait penser que jamais ils ne seraient ceux de magistrats subordonnés.

L’agent Charrue, lui, persévère, voulant faire croire que le problème principale de la justice pénale est celui de la célérité qui devrait conduire à confier plus de pouvoirs à un chef déjà défaillant. Ici, à L’1Dex, on n’ose croire que la Constituante ne procédera à aucune modification avant la présentation du texte au peuple. Mais qu’un « journaliste », dans un commentaire, ne s’étonne pas que certains voudraient accroître le pouvoir du procureur général dépasse en l’espèce toute raison.

Lorsque la déraison s’empare de la justice pénale, tout est possible. Surtout le pire.

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

4 thoughts on “La qualité du ménage effectué par le ministère public cantonal valaisan est-elle un signe de bonne santé de la justice pénale ?”
  1. «Le Bureau central du ministère public cantonal a donc fait le ménage en liquidant trois dames». Merci pour l’information. Il est difficile de se prononcer. Vu le rôle manifeste joué par le Ministère public en « protecteur de délits », il est possible que ces subordonnées aient été chargés d’effectuer de basses œuvre et qu’ils soient remerciés après avoir été usés dans de l’indignité. De plus, dans ce type de conflit, il y a le récit malveillant de l’agresseur et le récit de l’agressé. Ce qui est indigne, c’est de ne rendre compte que d’un seul récit. Ce procédé tronquant la parole d’une partie peut être diffamatoire. Vu le rôle du Ministère public, l’histoire relève peut-être d’un panier de crabes. Mais il est difficile de se prononcer. Chacun sait de plus l’absence d’organe différencié de première instance dans ce type d’affaire dans le canton, ce qui induit de se demander si résiliation des rapports de travail se serait déroulée «manu-militari» (en juge et partie). Du fait qu’il n’émerge qu’un seul récit, il y a manifestement plus de mystère que de faits indubitablement connus dans cette nouvelle histoire.

  2. Une domina de l’île au Sud des Balakans d’un poème de Beaudlaire, et des complices très certainement. Mais oui, vont-ils corriger ses multiples fautes ou juste s’en débarasser pour leur image car ses cas deviennent trop visible histoire de faire semblant d’agir contre la corruption sans vraiment le faire jusqu’au bout,…

  3. JUSTE « moi » (personne) aussi… J’interpelle la Constituante SEULE capable, une fois par siècle, de nettoyer les écuries d’Augias de notre « Système » (soyons bref, dans le doute que ce commentaire ne soit (évent.) pas publié… )

  4. Le clown rit et la pie dit !
    Ne me prend pas pour un perroquet clown sinon j écris au conseil …
    Qui te prendrait pour moi encore …
    Pi du nombre !

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