Le coup de coeur de L’1Dex à Avignon : Birdy, made in Taïwan

14 juillet 2023

En 2017, Birdy avait été dansé par un duo. Cinq ans plus tard, ils sont huit sur la scène de la Condition des soies, qui accueille comme chaque année des compagnies venues de Taïwan. Et, comme chaque année, les créations présentées sont sublimes.

C’est avec des accessoires d’une grâce inouïe que se déploie Birdy, inspiré par les mouvements du tai-chi et des figures issues de l’opéra chinois : des perches en rotin et, surtout, des plumes de faisan. Autour de celles-ci s’enroulent, se déplient et s’unissent les huit danseurs de la compagnie Hung Dance, livrant une chorégraphie dont la beauté surpasse les frontières.

Tout comme l’eau, la danse, jouant avec le mouvement et l’immobilité, permet d’entrevoir la possibilité de coexister avec tout ce qui peuple ce monde en constante mutation
Birdy a été joué pour la première fois en 2017. Le duo de la version originelle, récompensé par de nombreux prix internationaux, a été étoffé pour prendre la forme d’un spectacle désormais dansé par huit artistes. Partant du constat que nous ne cessons de briser nos limites à la recherche d’un lieu d’où nous pourrions nous envoler, Birdy s’interroge : sommes-nous confrontés à toutes sortes d’épreuves parce que nous refoulons nos désirs profonds ? Ou parce que nous nous acharnons à lutter ? Ou parce que nous fuyons ? Ou parce que nous repoussons nos limites – mais c’est alors justement que nous sentons parfois couler en nous une énergie soudaine ? Le flux continu de l’existence est comme l’eau d’un torrent qui nous jette en tous sens et nous plonge dans l’affolement. Et pourtant, c’est au cœur de ses tourbillons qu’il nous faut remodeler le rapport entre nos limites et notre liberté. Nous ne pouvons compter sur la disparition des difficultés. Nous devons plutôt nous demander comment muer, déployer nos ailes, afin d’arriver à coexister avec tout ce qui nous entoure dans un parfait équilibre.

Reflets de l’âme humaine, les longues plumes de faisan et les perches en rotin de l’opéra chinois traversent le spectacle.

Les longues plumes de faisan fichées sur les coiffes des danseurs s’entrecroisent dans l’espace au-dessus de leurs têtes, s’y superposent, s’y enroulent en spirales. Elles sont comme le prolongement de leur colonne vertébrale. Leur énergie cinétique et l’amplitude de leurs mouvements reflètent les vagues d’anxiété et d’espoir qui alternent au plus profond de nous. L’équilibre ne se trouve pas dans l’immobilité ni dans l’immuabilité. Telle la ligne invisible, oscillant constamment, qui relie les plumes de faisan à la colonne vertébrale des danseurs, nous sommes animés par une quête qui nous pousse sans cesse à creuser en nous, analyser, réfléchir, avec pour horizon l’espoir de quelques instants de paix. Les perches en rotin, à la fois solides et souples, créent sur scène comme un labyrinthe flottant. Quand ils en brisent le cadre et s’envolent, les danseurs semblent se dégager des crevasses dans lesquelles l’existence nous fait parfois glisser, et ouvrir des espaces de vie apaisés.

Au moyen de techniques de danse spécifiques, ce spectacle donne à voir un monde à la fois constitué de plein et de vide, tout comme notre existence.

Profondément inspirées du Tai-Chi, les techniques de danse donnant à Birdy son style si particulier sont en outre rehaussées de figures propres à l’opéra chinois, tels que les balancements des manches d’eau ou la gestuelle des doigts et des mains, ce qui confère à ce spectacle une saveur taïwanaise unique. La fusion des cultures orientales et occidentales de la danse mise en œuvre dans Birdy permet à Hung Dance de faire jaillir le plein du vide, le mouvement de l’immobilité, le quelque chose du rien. En dévoilant ainsi la nature à la fois pleine et vide de notre monde au public, amené à l’observer tantôt à la loupe tantôt à distance, ce spectacle invite à contempler les changements incessants à l’œuvre aussi bien en nous que dans la nature, et à méditer sur l’équilibre et la sérénité résultant d’une coexistence pacifiée avec tout ce qui peuple le monde.


Auteur

Hung-Chung Lai

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