CRANS-MONTANA. LA SATIRE PEUT ÊTRE IGNOBLE

11 janvier 2026

Liminaire de L’1Dex :

Le texte ci-dessous est un commentaire réagissant à un dessin de Éric Salch paru dans Charlie Hebdo dont la culture cinématographique a été utilisée à des fins que chacun jugera à l’aune de ses valeurs. À l’évidence, la liberté d’expression de Charlie Hebdo, sa valeur cardinale peut-être, veut être infinie.

Elle n’est plus comprise, lorsqu’elle confine à l’indignité, écrit Joëlle Ordon dans un remarquable texte de commentaire au dessin de Charlie qui n’est plus Charlie.

 

 

(PAR JOËLLE ORDON VIA FACEBOOK)

Charlie Hebdo

Ce n’est pas choquant, c’est indigne.
Parce que ce dessin ne satirise rien, il n’attaque aucun pouvoir, aucune idéologie, aucun mensonge collectif. Il ne fait qu’utiliser une tragédie comme décor. Et quand il n’y a pas de cible, il n’y a pas de satire. Il n’y a que de l’exploitation.

La satire transforme la douleur en pensée. Ici, la douleur est juste utilisée comme matière première. On ne dénonce rien, on ne révèle rien, on ne questionne rien. On consomme un drame pour produire une réaction. C’est intellectuellement pauvre et moralement vide.

Ce qui rend ce dessin ignoble, ce n’est pas qu’il ose. C’est qu’il n’ose rien. Il ne prend aucun risque intellectuel. Il ne s’en prend à rien de plus fort que lui. Il ne fait que descendre vers ce qu’il y a de plus fragile : des morts, des victimes, des familles.

La vraie satire frappe vers le haut.
Ici, ça frappe vers le bas.
Et frapper vers le bas n’a jamais été du courage, ni de l’intelligence, ni de l’humour !

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

8 thoughts on “CRANS-MONTANA. LA SATIRE PEUT ÊTRE IGNOBLE”
  1. Ignoble, c’est le terme adéquat. Je ne comprends d’ ailleurs pas comment il n’y ait pas un comité de sensure pour une telle parution qui fait du mal aux victimes mais à tout individu émotionnellement normalement constitué. Je serais la troupe du Splendid, j’attaquerais même ce torchon pour utiliser aussi macabrement leur film .

  2. Ce n’est pas la première fois . Rappelez vous la couverture sur le père de Stromae,  » Papa où t’es » avec un corps découpé en morceaux, l’hôtel détruit par le tremblement de terre en Italie qualifié de  » lasagne à l’italienne ».
    Ce n’est pas un journal satirique mais des gens qui cherchent à faire souffrir les autres, à faire le mal.
    C’est aussi de la faute de ceux qui continuent à acheter cette m….

    1. Quelle horreur !!! C’ est absolument monstrueux , c’ est indicible de bêtise et de monstruosité.
      Jusqu’ où peut aller l’ humain dans l’ horreur !
      C’ est le Mal , c’ est vrai.
      Et que cela puisse paraître est atroce.
      Oui, la troupe du Splendid doit porter plainte !

  3. Depuis que Charlie hebdo a baissé sa culotte devant lislamiste …il a le courage d’ironie sur le malheur des victimes… Ce journal ,plutot ce torchon,est ignoble et doit être sévèrement condamné !

  4. Je ne suis pas d’accord pour affirmer que ce dessin ne dénonce rien. Etre Charlie ne se décide pas sur un dessin. Le principe même de la liberté d’expression non plus. Dans un premier temps, ce dessin m’a choquée, je l’avoue. Car il est férocement heurtant ce dessin et, spontanément, je me suis dit « comment osent-il? » Puis j’ai réfléchi au sens de cette image, à ce qu’elle pouvait – peut-être – dénoncer. Et si ce dessin était destiné à dénoncer le tapage médiatique écoeurant autour de ce drame, cette surcouverture aussi indécente qu’opportuniste dans un monde où cet événement, évidemment dramatique, aurait dû occuper une place relative eu égard à son importance par rapport à d’autres drames qui se déroulent au même moment dans le « reste du monde »? Des médias qui font leurs choux gras avec des « reportages » pour le moins discutables, mettant en scène, littéralement, le chagrin et la douleur des familles; des spectateurs qui en redemandent, se gavant de ces images quotidiennement ad nauseam; une pression publique épouvantablement délétère pour le bon déroulement de l’enquête en cours; des appels sans aucune nuance à clouer au piloris des mis en cause sans autre forme de procès que « la clameur publique »… Le tout monopolisant, depuis près de deux semaines, TOUTE l’actualité puisque, comme nous le savons, nous vivons dans un monde où il n’y a aucun autre sujet révoltant à traiter: pas de guerres, pas de milliers/millions de morts victimes – eux aussi – d’autres formes d’injustice qui n’en sont pas moins scandaleuses, pas comme si, par exemple, les iraniens mourraient sous les balles d’une dictature religieuse en ce moment même ou des enfants mourraient de faim depuis tant d’années dans l’indifférence des « occidentaux », pas comme si de (potentiels) génocides étaient en cours dans différents endroits du globe, bref pas comme si le monde se portait mal en fait. Alors, dans cette perspective, qui fait preuve d’indécence? Charlie, qui dénonce, à travers ce dessin – peut-être? – cette « comédie » ou les producteurs et les consommateurs, nous tous en somme, d’un drame honteusement surexploité?

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