CRANS-MONTANA. LE SILENCE ASSOURDISSANT DE L’ETAT PENAL

26 janvier 2026

Le 1er janvier 2026, le drame du Constellation Bar a secoué Crans-Montana. Depuis, une incompréhension tenace s’installe chez les citoyens : pourquoi, face à un choc d’une telle ampleur, aucune réponse institutionnelle ne propose des ressources judiciaires supplémentaires ? Pas une annonce, pas un plan, pas même une promesse.

Le postulat est pourtant connu de tout le Valais institutionnel — et reconnu publiquement par la procureure générale Béatrice Pilloud elle-même : l’instruction pénale est à bout de souffle. Retards structurels, sous-dotation chronique, effectifs insuffisants, compétences réduites, carences personnelles grossières. Le diagnostic est posé depuis des années. La surprise n’est donc pas l’engorgement, mais l’acceptation résignée de cet engorgement.

Alors la question brûle : comment comprendre que ni le Gouvernement, ni le Grand Conseil, ni le Conseil de la magistrature ne proposent urbi et orbi un renforcement exceptionnel des moyens — humains, matériels, organisationnels — à la hauteur de l’enjeu ? Comment justifier qu’au moment même où la justice est sommée de faire vite, juste et lisible, le Valais refuse l’aide proposée, même par la Première ministre italienne ? Le message envoyé est effroyablement glaçant : « Faites mieux, mais avec moins. »

Il faut le dire sans détour : l’ère de Nicolas Dubuis au ministère public s’est close sur une catastrophe systémique. Non par fatalité, mais par accumulation de renoncements : absence d’anticipation, gestion à flux tendu, et culture du « ça passera ». Or ça ne passe plus. Le drame de Crans-Montana agit comme un révélateur impitoyable : quand la machine est déjà grippée, chaque crise devient un crash test — et le résultat n’est jamais flatteur.

La justice pénale ne se nourrit pas d’incantations. Elle exige des bras, du temps, des experts, des procureurs, des greffiers, et une chaîne décisionnelle qui assume de renforcer l’outil quand la pression monte. Refuser d’ouvrir ce chantier aujourd’hui, c’est accepter demain le Waterloo de la justice pénale valaisanne : lenteur, soupçons, perte de confiance, et sentiment d’abandon chez les victimes comme chez les justiciables.

Éviter ce Waterloo, que certains avocats joyeusement pessimistes anticipent en spectateurs inactifs, est encore possible. À une condition : rompre le silence et agir maintenant. Pas dans six mois, pas après un rapport de plus. Maintenant. Parce qu’une justice sans moyens n’est pas sévère : elle est défaillante. Et une justice défaillante n’est jamais neutre — elle abîme durablement la cité.

Eric Voutaz avant d’autres, dans le sillage de l’1Dex, avait tenté de le faire savoir pour une toute petite commune, celle de Sembrancher. Il doit aussi se sentir très proche de ceux qui l’ont rejoint dans ce lieu qui sera le nôtre à nous tous. Mais, dans l’intervalle, sachons ne pas être trop cons.

 

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

2 thoughts on “CRANS-MONTANA. LE SILENCE ASSOURDISSANT DE L’ETAT PENAL”
  1. Crans-Montana Gate
    Je ne suis point un juriste
    Encore moins un pénaliste
    Le sort d’affaires judiciaires
    Fort souvent spectaculaires
    Questionne leurs tenants
    Surtout leurs aboutissants
    Ma formation scientifique
    Impose une rigueur logique
    Et un certain pragmatisme
    Comparable à du fantisme
    Pour ses franches analyses
    Dotées de vastes expertises
    Un simple homme citoyen
    De ma famille en être doyen
    Implique en soi un long vécu
    Et un bon sens non dépourvu
    Pour estimer aux préjudices
    Une équitable vraie justice
    Le constat est sans ambages
    Déception à mon grand âge
    De constater d’est en ouest
    Mille un jugements funestes
    Pour mêmes faits et causes
    Aboutissant à mille clauses
    La justice produit de cultures
    Et de lois souvent obscures
    Loin des racines de bon sens
    Pour en obtenir son consens
    Une justice se doit sévérité
    Pour garder toute crédibilité
    Lorsque le peuple manifeste
    De molles sanctions proteste
    Ou d’actes d’asservissement
    Serait alors peut-être temps
    Pour respecter la vox populi
    Donc la sagesse de son avis
    Pour meilleure gouvernance
    De réviser la jurisprudence !

  2. C’est affolant, honteux, dramatique! Dans l’indifférence générale, nous allons droit dans le mur. Fier d’être valaisan après le discours de Mathias Reynard. Puis honteux? Je crois encore qu’un miracle va avoir lieu.

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