CRANS-MONTANA. VERS UN ESPACE DE PALABRE

26 janvier 2026

On peut empiler les procédures comme des dossiers au fond d’une armoire, multiplier les communiqués feutrés, convoquer expertise après expertise. On peut aussi continuer à s’étonner que la confiance se délite. Dans l’affaire du Constellation Bar, tout cela a été fait. Et mal fait. Il manque l’essentiel : la parole incarnée, tenue en présence, hors micros, hors postures, sous l’arbre.

L’arbre n’est pas folklorique, il est politique

La palabre n’est pas un bavardage exotique. C’est un dispositif de régulation. Un espace où l’on se regarde, où l’on écoute sans chronomètre, où la contradiction n’est pas une menace mais une condition. Sous l’arbre, la parole engage le corps : on ne tweete pas, on ne coupe pas, on n’esquive pas. On écoute.

Dans un dossier qui a fracturé la communauté de Crans-Montana, l’hyper-procédural a produit l’inverse de ce qu’il promettait : plus de soupçons, plus de rumeurs, plus d’angles morts. À force de palabres institutionnelles (communiqués, notes, renvois), on a oublié la palabre civique.

Ce que la justice formelle ne peut pas faire seule

La justice pénale est nécessaire. Indispensable, même. Mais elle est lente, contrainte, et — chacun le sait — sous-dotée. Elle tranche des responsabilités, pas des liens. Or ici, ce sont les liens qui brûlent encore. Les procédures disent le droit ; elles ne disent pas la vérité vécue. Elles établissent des faits ; elles ne réparent pas.

La palabre présencielle n’est pas un tribunal bis. C’est un pré-espace : celui où les versions s’exposent sans mise en scène, où les silences comptent autant que les mots, où l’on accepte que la réponse ne soit pas immédiate.

Pourquoi « présentiel » change tout

Parce que le conflit n’est pas un fichier PDF. Le présentiel impose la responsabilité de la parole. On ne parle pas « au nom de », on parle en son nom. Les élus cessent d’être des signatures, les autorités des abstractions, les citoyens des spectateurs. Chacun est là.

Et sous l’arbre — réel ou symbolique — la temporalité change. On ne gagne pas du temps ; on le rend utile. On cesse de confondre vitesse et efficacité.

Une proposition simple, donc radicale

Organiser des palabres publiques, encadrées mais libres : un cercle, des règles claires (écoute, temps de parole, absence d’invectives), une modération légitime, aucune caméra. Les autorités y viennent sans communiqué pré-écrit. Les citoyens sans pancarte. On ne décide pas tout. On comprend mieux. Et c’est déjà énorme.

Assez de parole qui fuit

La crise du Constellation Bar Case n’est pas seulement judiciaire ; elle est civique. Tant qu’on la traitera comme un problème de gestion de crise, elle s’aggravera. Tant qu’on refusera la palabre sous l’arbre, on s’enfermera dans les palabres de bureau.

Il est temps de rappeler une évidence : parler n’est pas perdre du temps quand cela permet enfin d’agir juste. Sous l’arbre, la cité se regarde. Et parfois, elle se répare.

Créons des espaces, à Crans-Montana et ailleurs.

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

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