ELOGE DE L’AUTODERISION, PAR NARCISSE PRAZ

14 avril 2020

(PAR NARCISSE PRAZ)

 

Lu sur le site de l’1dex cette pensée de feu l’académicien et journaliste Jean Dutourd, romancier, Prix Interallié 1952 pour son roman noir « Au bon beurre » dont il sera tiré un film. :
« L’humour est comme le soleil. Il transfigure tout. C’est une sorte de bouclier placé par l’intelligence ou la philosophie entre l’adversité et l’homme ».

Jean Dutourd m’en a donné à titre personnel une occasion de tester l’à propos de sa pensée. C’était en 1956. Jean Dutourd était alors chroniqueur au quotidien « France soir ». Moi, je vivais avec ma famille à Montfort l’Amaury dans le département des Yvelines.

Le Théâtre du Tertre Montmartre venait de prendre le risque de créer ma comédie dramatique intitulée « Clock city ». Jean Dutourd, qui n’était pas encore académicien, en avait fait une critique ambiguë, louant (un peu) la pièce et son auteur, mais avec cette restriction: jugeant un peu trop suisse le contenu de la pièce dont l’intrigue se déroulait dans le milieu horloger helvétique, il terminait sa critique en disant que l’on s’y sentait quelque peu… indiscret.

Peu flatté par cette critique mi-figue mi-raisin, j’écrivis à Jean Dutourd quelques mots pour l’en remercier néanmoins également en mots mi-figue mi-raisin, non sans humour.
Or, à cette époque-là, Jean Dutourd, parallèlement à son activité de chroniqueur de « France-Soir » s’était également porté candidat aux élections à l’Assemblée nationale dans le Département des Yvelines où précisément je vivais. Il me gratifia donc d’un joli train d’humour me disant: « Si vous m’êtes néanmoins un peu reconnaissant pour ma critique de votre comédie que j’ai jugée un peu trop « suisse », vous avez la possibilité de me la témoigner… en votant pour moi dimanche prochain. »

Merci, feu Monsieur le futur académicien Jean Dutourd, pour cette leçon d’humour qui aujourd’hui me tient lieu de leçon d’autodérision, car ma comédie ne tint l’affiche que durant les 30 jours réglementaires pour mériter l’assistance de la Société des Auteurs. Et pas un jour de plus, hélas…

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