Quelques jours au Tibet

10 juillet 2021

(PAR MIQUEL DE PALOL)

 

Parmi les endroits mythiques de la Terre, le Tibet occupe pour votre chroniqueur une place privilégiée. Depuis l’adolescence, il a beaucoup lu sur le toit du monde, contemplé par les montagnes les plus hautes de la planète, la résidence des dieux. Le drame de l’invasion chinoise, ajoutée à la destruction civile et physique dont il a été l’objet, lui donnait un attrait irrésistible.

J’y suis allé il n’y a pas si longtemps. Avec l’idée du Tibet d’avant l’invasion, un Etat féodal religieux imperméable au progrès technologique des soi-disant civilisations avancées. Prévenu pourtant de ne pas parler du Dalaï-lama ni de l’indépendance, pour ne pas avoir de problèmes avec la police – qui pouvaient être graves-, et du changement physique dans le paysage urbain, occasionné par l’occupation chinoise.

Ce que j’y ai trouvé dépasse toutes les expectatives. Lhassa est une cité ultramoderne, sillonnée par de grandes avenues où transitent des Mercedes, des Audi, des BMV, des Bentley et des Ferrari, encadrées par de très modernes édifices de verre, couronnés par les emblèmes de grandes entreprises : Nike, Hermès, Samsung, GM et Zara (cette dernière ne manque d’être là dans aucun lieu du monde). Au milieu, parfaitement isolées et paradoxalement protégées, les îles de la préexistence bouddhiste semblent des parcs thématiques, petits Disneylands fréquentés en proportion variable par les dévots et les touristes. En centre-ville, le Jokhang est perpétuellement envahi par les boudhistes pratiquant leurs rituels, indifférents aux étrangers qui déambulent en prenant des photos. Le Potala est visible de partout, au bord de la route la plus importante de la ville, et visitable par ceux qui jouissent d’une forme physique acceptable – le parcours est long et il faut monter beaucoup d’escaliers -, mais à l’intérieur il n’y a pas d’espace sacré où l’on ne puisse entrer ou s’y prendre en photo.

Pour trouver une certaine « authenticité », il faut abandonner Lhassa et traverser les déserts et les montagnes. Après quelques kilomètres, l’illusion du Moyen-Âge est de retour, mais avec un arrière-goût de diorama. Il y a cinquante ans, les Chinois démolissaient les monastères pour détruire une civilisation. Maintenant, ils les reconstruisent pour que les touristes les visitent. Il n’est pas difficile d’imaginer qu’il ne s’agit pas d’une véritable restauration, sinon de l’épisode final de l’humiliation et de l’annihilation. Les quatre moines qui y font la ronde semblent parfois authentiques, parfois aussi de simples outils. Un changement drastique de signification per s’assurer que tout cela ne récupérera jamais la dignité et le sens originaux.

En arrière-plan, il y a une autre chose à considérer (et certainement, beaucoup plus encore). Tout ce que le Tibet a perdu avec l’invasion chinoise semble très clair, c’est un fait indésirable et répréhensible à tout point de vue. Mais il faut aussi prendre en considération tout ce qu’il a gagné, en termes de bien-être pour la population. Santé, services, communications (plombées par la surveillance et la censure).

La situation évolue continuellement, aucun équilibre n’est possible. Le temps qui passe dictera donc ses propres sentences.

 

 

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