Le jour d’avant

blanqui-aged-sketch(Par VINGTRAS)

 

Il y a cent-quarante-cinq ans, le 17 mars 1871, Adolphe Thiers faisait arrêter Louis Auguste Blanqui, l'homme qui aurait pu être le leader incontestable de la révolution communaliste...

Si la Commune n'est pas sortie uniquement de la guerre franco-allemande, celle-ci n'en a pas moins infléchi le cours des événements.

Après la pitoyable reddition de Napoléon III à Sedan, la "révolution" du 4 septembre 1870 avait institué un gouvernement qui s'intitulait "de défense nationale" mais qui en réalité désirait en terminer au plus vite avec une guerre risquant de soulever le petit peuple de Paris. Aussi a-t-il mis en oeuvre une politique de "résistance" qu'il a saboté en sous-main. La capitulation de Bazaine à Metz, l'arrivée des Prussiens qui assiègent Paris et les annonces des intentions d'armistice par les Jules* vont provoquer des journées révolutionnaires (le 31 octobre 1870 et le 22 janvier 1871) contre l'Hôtel de Ville.

Le 18 janvier 1871, l'Empire allemand est proclamé à Versailles, et dix jours après, Jules Favre signe avec Bismarck un armistice qui est en réalité une capitulation de Paris dont les forts sont livrés à l'ennemi, mais toutefois la Garde nationale peut conserver ses armes et ses canons car personne ne veut se risquer à les lui retirer...

Le 8 février 1871, une assemblée nationale est élue avec 400 monarchistes sur 630 députés ! Elle se réunit à Bordeaux et désigne Adolphe Thiers comme "chef du pouvoir exécutif" d'une "république" dont on n'ose à peine prononcer le nom ; il s'empressera d'aller conclure le 26 février à Versailles, avec Bismarck, les préliminaires d'un traité de paix qui amputera la France de l'Alsace et d'une grande partie de la Lorraine et la taxera d'une indemnité de 5 milliards de francs or.

Pendant ce temps à Paris, grondait une révolte provoquée par les misères du siège, les échecs militaires, les mensonges à répétition et l'attitude de l'assemblée qui faisait craindre pour la République et la démocratie.

Le 11 mars 1871, les chefs de l'insurrection du 31 octobre (dont Blanqui) sont condamnés à mort, 6 journaux républicains sont interdits, et des bonapartistes sont nommés à la Préfecture de police et à la tête de la Garde nationale.

Le peuple de Paris veut un Conseil municipal élu comme dans toutes les communes de France. Il veut une affirmation solennelle de la République. Il veut l'abrogation des mesures antisociales prises par le gouvernement : cessation du moratoire des loyers, paiement avec intérêt des effets de commerce échus pendant le siège, suppression de la solde de "trente sous" pour les membres de la Garde nationale, etc...

Adolphe Thiers, qui avait jadis fait ses preuves réactionnaires avec le massacre de la rue Transnonain**, va exécuter un plan qu'il a imaginé pour tenter de maîtriser la nouvelle révolution parisienne. Tenu bien informé par les mouchards d'Ernest Cresson, ex Préfet de police, il va faire arrêter Louis Auguste Blanqui qui, malade, est soigné par son ami (et disciple) le Dr Lacambre, à Bretenoux (dans le Lot, à côté de Figeac).

Il pense ainsi avoir décapité l'insurrection prévisible de "la canaille"...

(à suivre)

* Jules Favre, Jules Ferry, Jules Simon ; sans oublier Jules Trochu ("participe passé du verbe trop choir", comme dirait Victor Hugo)

** l'émeute populaire du 15 avril 1834, réprimée dans le sang par la police de la bourgeoisie louis-philipparde  (cf Daumier)

Commentaires : 1

  1. MERCI, AUGUSTE BLANQUI D’AVOIR EXISTE ! NI DIEU NI MAÎTRE

    Et merci à Vingtras de nous avoir rafraîchi la mémoire. !

Commentaires fermés