Shitstorm

3ed Le récent shitstorm ressenti récemment en Valais me donne l'opportunité aujourd'hui de poser quelques notions de ce que j'appelle personnellement la pensée de l'annihilation ou plus prosaïquement l'annihilisme - à ne pas confondre avec l'annihiliationisme.

Le nihilisme, de Schopenhauer à Nietzsche, de l'absurde de Camus à l'amertume de Cioran, a nourri mes réflexions pendulaires depuis de nombreuses années. Et, par la grâce nauséabonde et quotidienne de la confrontation manichéenne, de gauche à droite, qui occupe la scène médiatique, j'y oppose le décor suivant : le vide sidéral. Ce vide, ou plutôt la représentation romantique du néant, est un constat perso [...]

Supernova

SupernovaJe me souviens de cette dernière balade. Une plage déserte dans les feux suffoquant d’une coquille d’œuf, sur un lit de cendres. Vous traciez sur le sable un jeu de morpion, une ultime partie d’insouciance dans l’ombre d’un spleen. Nous expirions comme un rouleau d’écume se dispersant sous un manteau de riz. Au loin, la promesse d’un printemps criait sa naissance dans l’eau glacée de la mer. Les vagues haletaient comme des violons oubliés dans la poussière d’une galerie marchande ; un magasin triste, rempli de rayons de poudre. Les rivages au large de notre repère s’écartaient sous le crissement de nos empreintes. Je sentais la fin du voyage dans la course de vos cheveux. [...]

69 (2)

69-el-número-mágicoLa folie est un souffle qui s’échappe d’une crevasse. Mon mur à moi est impénétrable. Je semble normal derrière mon bureau. Ma parole est un monologue qui s’étire derrière les barreaux d’une cage. Je suis tour à tour ravisseur et otage. Je suis le Syndrome de Stockholm dans une maison aux volets bleus, avec vue sur la mer. Je ne suis pas fou. Je me sens étourdi comme après un réveil brutal, dans la brume épaisse d’un rêve étrange et poisseux qui s’étale aux pieds de mon lit. Une sorte de radeau à la dérive bercé par l’écume salée de l'isolement. Et pris de vertige par un immense sentiment de liberté. Je me réveille lentement.

La pièce est baignée d [...]

69 (1)

69-el-número-mágicoNote: Pour faire suite à l'annonce de Stéphane Riand, je me lance dans l'écriture de... je ne sais pas encore... j'espère pondre un livre,  une nouvelle... que sais-je ? Merci d'avance aux lecteurs de me lire et de critiquer mon travail.

"Je me suis rarement perdu de vue : je me suis détesté, je me suis adoré - puis, nous avons vieilli ensemble." Paul Valery

Il y a quelques années, je me suis exilé. Je suis tombé dans mon cortex en glissant sur les persiennes d'une pensée mise en commun. Je me suis enlisé dans la vase épaisse de mots [...]

Testament d’un Substantif

  brio-miroir-baroque-palazioMiroir, mon beau miroir... J'ai beaucoup observé autour de moi : le quotidien des jours qui passent, le déambulement des corps dans les rues, le frôlement feutré des figures rectilignes dans les bureaux, la file indienne des absents dans les supermarchés et l'agencement des nécropoles d'acier sur les grands axes . Je me suis imaginé être un extra-terrestre, tombé d'une autre planète, scrutant le ballet de l'absurde à travers la mauvaise extrémité de la lunette. J'ai vécu parmi vous, dans l'ombre de vos foules et dans la sueur de votre promiscuité. J'ai mangé dans vos assiettes débordantes et j'ai bu vos eaux en plastique. [...]

Federer – Murray 2015, le meilleur match de tennis de tous les temps ? Oui !

(PAR STÉPHANE RIAND)   Murray-FedererRoger Federer et Andy Murray ont disputé ce 10 juillet 2015 à Wimbledon le meilleur match de tennis de tous les temps. Ce que ces deux champions ont offert au public restera comme la référence du tennis sur gazon. Une rencontre exceptionnelle au cours de laquelle ces deux maîtres, en même temps et sur presque tous les points, ont accompli des prodiges à répétition : des aces tonitruants (20 pour le Suisse, 12 pour l'Écossais), des retours magistraux, des slices offensifs, des smsshes victorieux, des passings incroyables, des volées agressives et des lobes célestes (pour Murray). Un cru de tennis hors du temps, un mélang [...]

Lettre à mes enfants

3963046-5989621Mes amours. C’est la nuit, il fait chaud et lourd. On est arrivé jusqu'ici, sur une terrasse, avec un bout de gazon. Je vous sais à l’étage, sous le toit, dans le désordre des couvertures, respirant à pleins poumons vos jeunes années. Moi, à mi-chemin, je prends quelques minutes pour nous raconter un peu, en tirant sur des volutes. C’est les vacances, l’époque des piscines et des fruits frais. Et des étoiles qui scintillent. On se connaît depuis longtemps. Les années passent vite. Je le sens à mon angoisse qui s'est invitée au fond de ma gorge depuis que vous avez vu le jour. Je vous ai regardé grandir sans vraiment le percevoir, hors des limites qu'on a essay [...]

Les Loges du Perdant

b047d940fcdc0f3fa92de0f03036f533.1000x563x1Je suis de toutes les batailles J’erre dans la pénombre des rues Le nez tranquille l’air suspect Je marche dans vos bureaux J’esquive le contact de vos cafés Car j’ai le complexe du désordre Et j’ai le vacarme facile Je suis celui à qui l’on pense Quand il faut de l’inévitable Quand il faut souffler le drame Sur l’acquis de la monotonie Je suis plié dans les décisions Dans le creux des non-dits Et dans le souvenir sélectif J’ai le haussement d’épaule Et les volutes automatiques J’ai le vent dans les cheveux Quand il pleut dans les lunes Je patiente de lo [...]

Double-Face

1661868-doubleface_batman_villains_2554363_500_756L’utilisation de l’adjectif positif est sans nul doute l’attribut qui témoigne le plus de la traîtrise intellectuelle de notre époque. En effet, la supercherie qui consiste à imputer une dualité systématique aux principes conceptuels, parfois force de loi ou de valeur, démontre l’omniprésente influence du manichéisme dans nos sociétés, comme si les débats ne pouvaient que s’exprimer au travers d’un duel de yin et de yang. « Discrimination positive », « immigration positive » ou encore « pensée positive » sont autant de manoeuvres d’év [...]

La Notte

marcher-dans-la-nuitLa pluie s’écrase sur la vitre du bus. La ville défile dégoulinante sur le bitume trempé et se raccroche aux fils de lumière. La cabine sent le mouillé et la fatigue, la nuit s’ébroue dans le ciel et le car file vers les cavernes habitées. J. enfonce un peu plus les écouteurs dans ses oreilles. La musique au lieu du bourdonnement d’une vieille carcasse. Des graves qui tirent vers le bas, comme une ancre coulée dans la lassitude. J. est employée par une entreprise de nettoyage. Le travail est dur et le salaire maigre. Son mari peint des bâtiments et fait des heures supplémentaires, caché dans les nouvelles maisons. Elle est enceinte, son dos est douloure [...]

Smithers

beingoutdoorsA voté ! Yalla ! Je viens de lécher langoureusement la colle poisseuse de l’enveloppe fédérale. J’ai tout fait comme on m’a dit. J’ai choisi en mon âme et conscience et j’ai voté pour les extrêmes de tous bords. Ma neutralité toute relative a distribué des suffrages en veux-tu en voilà à la gauche plurielle et à la droite truelle. Prenez, c'est cadeau ! Tout le monde il est content, tout le monde il est gentil. À défaut d’un pays de bisounours, je préfère une orgie de figurines : un gang bang sous un arc-en-ciel de slogans indigents. Trois objets, pour trois types de nantis. Le premier : le riche traditionnel, bourgeois, industriel, patron et es [...]

Chroniques d’un Misanthrope : le Dîner

dune-crise-misanthropie-aigue-L-ULh3qiJe suis encore en retard. La perspective d’un dîner avec un ami et sa nouvelle copine ne m’enchante guère. J’ai traîné des pieds toute la journée. J'ai fait quelques siestes pour me mettre en retard volontairement. Je souhaite être ailleurs, mais les liens amicaux tissés depuis plusieurs années me ramènent à la raison, aux fondamentaux mêmes des conventions sociales élémentaires : l’écoute, le partage et l’attention. La trinité de l’hypocrisie. La révérance au clan. Je peux être un bon petit soldat. Inspirer, expirer. Ce sera peut-être un grand soir, qui sait ? Je sonne. L [...]

Casper

51XCYQVGQCLInterview exclusive à l’1dex de Herr Reto Dornenspinne, contremaître en chef du chantier de l’A9 et habitant de Niedergesteln. (NDLR: M. Dornenspinne étant parfaitement bilingue, nous n’avons pas eu de souci de traduction). M. Reto Dornenspinne, après le reportage de la RTS diffusé jeudi dernier à propos du scandale de la pollution au mercure dans la région de Viège, quelles sont vos réactions, à chaud ? La RTS, il fait toujours le polémique sur le dos de le honnête gens. Je ne crois pas à l’information de le gauche et de la communisme. Le gauchiste, il ment to [...]

Merci pour ce moment

3127875940_1_4_Zn2JTU6DUne femme écrit et on se déchaîne. Moi qui croyait les liens brisés ou d’une extrême fragilité, voilà qu’on lapide Valérie. Non pas avec des pierres - on laisse cela aux instincts caverneux - mais avec le mépris d’une civilisation obséquieuse. On juge l’intéressement et l’avidité. La bassesse d’une privilégiée qui tire vers elle les derniers revenus d’une position déchue, avant que ces gens-là ne l'oublient, comme sa fugace jeunesse dans les limbes d’un cabinet de chirurgie. Oubliée dans un tiroir avec des couteaux sales. Une vie qui sent le sapin, dont il ne reste plus qu’un lambeau d’honneur qu’il fallait jeter à la face du monde : [...]

À propos d’ « L »

Elle vient de fêter ses trente-cinq ans. Son nom se termine par un crépuscule. Elle fait des études de commerce et elle est un modèle d’intégration. Toujours discrète, toujours souriante. On l’invite à des fêtes et à des anniversaires. Elle est de bonne compagnie. Toujours un mot gentil. Toujours bien habillée et élégante. À l’école, elle est silencieuse. Studieuse. Elle se donne beaucoup de peine et travaille un peu plus que les autres. Elle angoisse souvent pendant la nuit et a le sommeil léger. Pas vraiment sportive, elle a le goût de l’effort. Elle pratique le ski pour faire comme les copines. Même si elle préfère la chaleur du sable et la fraîcheur de la mer. Même si elle n’est pas agile et qu’elle a peur. Elle fait tout comme il faut. Comme dans les manuels. Comme ses parents.