YVES GAUDIN, LE PISTOLERO DU CUL
Le vernissage du roman « En vérité » de l’Ayentôt Yves Gaudin, paru aux Éditions Héloïse d’Ormesson, a eu lieu ce samedi à La Liseuse à Sion. Il y avait foule ce vingt-cinq janvier chez Françoise Berclaz pour obtenir une dédicace du dernier écrivain déniché par la fille de Jean d’Ormesson, piqué aux Éditions Faim de Siècle de Charly Veuthey, qui avait su ne pas manquer le petit Valaisan qui deviendra grand.
Si Joël Jenzer, le Hitchcock culotté du string odorant, présent à La Liseuse, vient d’être ignoré des critiques littéraires avec Serial Sniffer, écrit en pleine période #MeToo, ce qui n’est pas un indice de lâcheté, Yves Gaudin ne souffrira pas du même marketing, puisque la machine d’Ormesson le propulsera vers les meilleurs prescripteurs de lectures indispensables à partager durant les cocktails les plus délicats, à Saint-Germain-des-Prés ou à Pigalle, peut-être mëme à Toulouse, Honfleur et Manosque.
Très en cour auprès des lecteurs les plus intelligents, déjà au bénéfice d’une critique indépassable, celle de Béatrice Riand, qui figure sur la page facebok de sa maison d’édition, Yves Gaudin, fin malin et lacanien de choc, donc rompu aux exigences du désir inconscient, sait aussi se mêler aux exigences du public populaire, voulant clairement s’inscrire aussi, avec les plus grands, dans cette volonté de toucher tous les êtres humains, et non seulement quelques happy few qui ne le liraient que pour paraître drôle à une soirée croûte aux fromages en Anniviers. Et ce n’est donc pas un hasard si, en auteur commercial qu’il sait vouloir être, il a demandé au choeur de la Cécilia de Savièse d’animer La Liseuse ce samedi en fin d’après-midi, à travers des chanteurs citoyens de chez nous; pourtant, la directrice n’est pas venu chanter une invitation à boire, ni une chanson paillarde, mais Carmen de Bizet, révélant, de manière concertée j’en suis certain, le désir affiché de cohérence de l’écrivain de s’attacher à des oeuvres populaires et artistiques indépassées.
Il sied ici, à titre de parenthèse de reconnaissance, d’observer que Béatrice Riand, au parcours académique lettré complet, ne s’est pas trompé sur la pépite littéraire en devenir qui a éclos à La Liseuse, en rappelant devant les plus proches de Yves Gaudin, à La Pinte Contheysanne, que le poulain nouveau de Héloïse d’Ormesson, fille de Jean, avait dans son ventre quelque chose de Frédéric Dard, Blanchard étant un peu, sans le savoir, le cousin caché de San Antonio. Et Yves Gaudin, à cette évocation, rappelait qu’une célèbre maison d’édition française avait refusé son manuscrit au motif qu’il écrivait aussi mal que Frédéric Dard, dont le style ne s’accordait pas avec celui du comité de rédaction. Un tel manque de flair ne mérite pas d’autre complément.
Cela dit, je ne suis pas au bout de ma peine, parce que l’on m’a mis au défi de ne pas ignorer la qualité de « En vérité » en dépit du fait que Gaudin avait déjà reçu son pesant de louanges à L’1Dex, comme si l’on voulait, par esprit de compétition, me mettre au défi de devoir publiquement reconnaître la supériorité de critique de Béatrice. Mais que voilà un défi idiot, puisque je ne peux qu’avouer une fois encore que l’analyse oenophile faite avant moi, ici à L’1Dex, a cette qualité de mots et de vrai contenu vers laquelle je ne veux pas même songer à me rapprocher, me contentant de dire à ceux qui veulent me prendre sérieusement au mot de lire et de relire l’article remarquable paru à L’1Dex ce vendredi.
Pourtant, lorsque la chose en vaut la peine, je veux bien participer à la cohorte de ceux qui veulent porter l’écriture valaisanne au sommet de quelque part. Pour contribuer à ce prochain éclat, je crois à une autre facette de la langue de Yves Gaudin, celle-là même que le successeur de San Antonio découvre tranchée avec des dents incisives à la fin de la vie des trois victimes de l’assassin. Car, un connaisseur, fin ou grossier, de Lacan, donc de Freud, ne peut éviter de dire avec force, sans souci d’apparaître comme un agent de communication ou comme un pourfendeur d’immoralité, que Yves Gaudin est immanquablement un pistolero du cul. Les stupides et les paresseux croiront y déceler une délation de la pornographie ou un axe publicitaire à fin de commercialisation réussie, alors qu’il ne s’agit que d’affirmer que la plume magistrale de Yves Gaudin n’est pas au service de dialogues mesurés et calibrés, mais d’envolées dantesques dans lesquelles la beauté du sexe apparaît dans toute son horrible nudité. Comme Lacan le développe de manière sublime dans son séminaire VII, L’Éthique de la psychanalyse, le beau touche à l’horreur, tel(le[s]) Antigone s’en allant vers son destin de mort assumée, dans un acte sublime et d’horrible plénitude.
Un pistolero du cul sait utiliser sa plume pour ne rien ignorer de l’âme humaine, ne pouvant donc faire l’impasse sur la sexualité, ses modalités les plus crues, ses apothéoses les plus indicibles et ses moments de poésie la plus absolue. Le plaisir de la langue se révèle dans ces moments de poésie mortelle que peut être le partage, même fugace, de deux corps qui s’emboîtent ou se prêtent à la satisfaction de l’autre. Et, comme l’a suggéré une participante ibérique à notre souper littéraire, il pourrait y avoir, le musicien professionnel Gaudin ne le niera pas, une pointe du Boléro dans sa manière littéraire d’attraper au vol des mots de plaisir l’approche des préliminaires et de conclure ces paragraphes charnels dans une furia décapante, qui nous laisse sans mots, donc sa langue. Et, sans langue, l’amour disparaît, fut-il ordurier, ce qu’Yves Gaudin n’est jamais, et poétique, ce que mon imagination proclame.
« Il aime les préliminaires, il ne s’en lasse pas. Se coller à elle, plonger dans ses yeux, ne faire qu’un et ne plus respirer, poser ses lèvres sur ses lèvres, sa langue sur sa langue, étaler sa salive, s’arrêter aux commissures, faire semblant de s’y arrêter mais y revenir, encore, éperdu et conquérant à la fois. Et … »
Et, c’est encore mieux le lisant dans la suite échevelée de ses mots, car vous y écouterez son corps frissonner, vous y découvrirez l’eau bénite et, après la morsure des seins, sur l’échafaud, la gorge sèche, vous y jouirez jusqu’à l’agonie. Victoria, Rebecca, Deborah ou Alexandra, elle, la vôtre, lecteur passionné, transpire, suinte, exulte. Il n’y a plus assez de bouches, ni de seins, ni de culs.
Lire Yves Gaudin, ce n’est donc pas s’engouffrer dans un roman noir, ni dans une intrigue policière, c’est accompagner dans un moment de partage rêvé un auteur qui a su vous faire oublier un aspect phare de l’enseignement lacanien : « Il n’y a pas de rapport sexuel ». Mais, de la langue, il y en a en vois-tu, en voilà. Ce n’est peut-être pas pour rien que Yves Gaudin, spécialiste de l’autisme, a préféré devenir un pistolero du cul plutôt qu’un arracheur de langues.
En fait, à bien y réfléchir, si Yves Gaudin a transpercé la muraille de l’entre-soi parisien, c’est peut-être seulement parce qu’il a su, de langues arrachées, en faire, en mortel jouissant, un plat littéraire d’une insondable sensualité.
Bonjour à tous ceux et toutes celles qui ne refusent pas les jeux de langue poétique et qui n’ont pas peur de prendre plaisir avec quelqu’un qui veut en offrir.
Voici une perle de l’Echo magazine, paru le 9 janvier, probablement durant la pėriode -voyagite aigüe- de la jeune anthropologue rėdactrice en cheffe : » In fine, Freud et Lacan ėtaient-ils des charlatans ? Freud en ėtait un dans la mesure où il prėtendait avoir trouvė un moyen de guėrison qui en rėalitė ėtait peu efficace, et qu’il a produit des discours sėduisants. Cependant, l’expression convient surtout a Lacan. En effet, celui-ci a ėlaborė une conception de la psychanalyse de plus en plus imprėgnėe de philosophie, mais surtout il s’est exprimé au fil du temps dans une langue de plus en plus ėsotėrique. Un exemple est sa conclusion d’une interview à la tėlėvision : » L’interprėtation doit être preste pour satisfaire à l’entreprêt. De ce qui perdure de perte pure à ce qui ne parie que du père au pire « . A la fin de sa vie, jetant le masque, Lacan a dėclarė : » Notre pratique est une escroquerie, bluffer, faire ciller les gens, les ėblouir avec des mots qui sont du chiquė, c’est quand même ce qu’on appelle d’habitude du chiquė » et « la psychanalyse n’est pas une science. C’est un dėlire dont on attend qu’il porte une science. On peut attendre longtemps ! »
Propos recueillis par Philippe Lambert, p. 13
On peut se poser des questions sur l’inertie lacanienne dans les hautes sphères parisiennes et de facto par le colonialisne français : dans nos hautes sphères en Suisse romande. Bref, des guignols de première sacralisės en une ėlite intellectuelle à la morale dominatrice et perverse. Un corpus thėorique archibancal mais une omniprėsence de cette morale ėlitiste parisienne dans nos mėdias. Un bon coup de Karcher ? A quand un mouvements genre » gilets jaunes » en Suisse ?
Quel est le rêve de l opium ? La vie …
richard pralong