PHILIPPE LORETAN ET LE FILOUGATE. POLAR (5)

9 mai 2020

« J’adore ton polar », me disent des gens qui redécouvrent L’1Dex gratuit et qui attendent le prochain épisode. Les Sembranchards sont aux aguets et se demandent ce qui pourrait encore leur tomber sur la tête.

Le roman policier (familièrement appelé « polar » en France) est un roman relevant du genre policier. Le drame y est fondé sur l’attention d’un fait ou, plus précisément, d’une intrigue, et sur une recherche méthodique faite de preuves, le plus souvent par une enquête policière ou encore une enquête de détective privé. L’abréviation « policier » (pour « roman policier ») est également utilisée. Le genre policier comporte six invariants : le crime ou délit, le mobile, le coupable, la victime, le mode opératoire et l’enquête. Le roman policier recouvre beaucoup de types de romans, notamment le roman noir et le roman à suspense ou thriller. Si l’action est transposée au minimum d’un siècle en arrière, on pourra le qualifier raisonnablement de roman policier historique. Il existe également des romans policiers de science-fiction.

À partir d’un cours élaboré en 1985[1], Anne Pambrun a synthétisé[2] des articles définissant le roman policier. Partant de la définition que donne en 1929 Régis Messac dans Le « Detective Novel » et l’influence de la pensée scientifique : “Un récit consacré avant tout à la découverte méthodique et graduelle, par des moyens rationnels, des circonstances exactes d’un événement mystérieux”.

Le lecteur des premiers épisodes aura compris qu’il ne peut s’agir d’un polar, parce qu’aucun des critères usuels n’est réalisé : le délit est connu dès le premier chapitre, c’est l’acte du 9 septembre 2015; les coupables sont nommés; le mobile pue à plein nez, le flouze; la victime est désignée, la commune; le mode opératoire est clairement circonscrit : l’acte notarial en lien avec une séance préalable du conseil communal; l’enquête, menée par le notaire, accessoirement avocat de la commune, donne sur un plateau d’argent les documents attestant les faits. Dit autrement, l’artisan de la découverte de la pièce maîtresse est le détective et participant à l’acte. Ce n’est pas banal.

Un lecteur sédunois assidu nous guide sur une autre piste : « c’est un polar judiciaire ». Je crois qu’il serait plus judicieux si l’on suit ce chemin de catégoriser cet écrit comme « roman vrai judiciaire et politique ». En effet, la trame est instruite dans le réel et non dans l’imaginaire; l’énigme est judiciaire et fondée sur les prononcés futurs de la magistrature, qui devient le scénariste du futur; elle est aussi à être résolue par le pouvoir politique, mis à mal par des pratiques nocives pour la démocratie, car, comme le soutient Vincent Lindon, la corruption politique est bien plus nocive pour la société qu’un brigandage de banque. Le citoyen même, lors des prochaines élections, pourrait être tenté de modifier le script.

 

Ainsi, l’auteur n’est plus le scénariste de l’histoire, il est davantage une sorte de mémorialiste du temps judiciaire valaisan d’aujourd’hui. Le scénario est en fait à écrire par son vrai auteur, qui n’est pas le soussigné, mais des magistrats encore inconnus et des hommes politiques, organes de corporations de droit public, communale et cantonale. Tout au plus pourra-t-on les guider afin qu’ils ne commettent pas de faute majeure pouvant avoir pour effet de compléter la série du feuilleton.

 

En fait, le suspense réside pour le lecteur dans la manière dont seront traités par les institutions et quelques individus ces faits qui ont étonné non seulement les Sembranchards mais le Valais dans son ensemble. Et, le lecteur devine, sans le savoir encore, que des surprises pourraient donner à l’ensemble un caractère encore plus incroyable. Et déjà, ce lecteur est abasourdi que des hommes portant cravates, mocassins dorés et vestes de marques, parfumés chez Hermès ou Diesel, généreusement rémunérés par les contribuables, puissent se laisser aimanter par ces aventures saugrenues, les faisant apparaître pour des gens, au mieux très imprudents, au pire très attachés à des avantages pécuniaires illicites.

Et déjà, dans les têtes de lecteurs, s’incruste cette idée fortement arrimée à leurs neurones : mais comment évitera-t-on un procès pénal ?

On peut ici tenter de spoiler la fin de l’histoire : pourquoi se soucier du droit si le canton est un Etat de non-droit ? Mais, justement, le lecteur salive déjà : et si ce canton, le sien, devenait subitement un territoire où pourrait régner à nouveau la loi ?

 

Le mémorialiste ne dit plus rien; il étudie les hypothèses; il consulte les jurisprudences; il lit la doctrine dominante; il vérifie les points de détails; il s’entretient même avec des pénalistes aguerris. Et, il le sent, il est proche d’attraper la vérité judiciaire. Il respire un bon coup et il se tient fermement à l’ancre qu’il a choisie dès le premier mot écrit :

KEEP CALM AND ENJOY THE SHOW.

 

Référence :

WIKIPEDIA

 

 

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

3 thoughts on “PHILIPPE LORETAN ET LE FILOUGATE. POLAR (5)”
  1. Il faut dire que question polar, il y a une sacrée munition en Valais!
    On cherche, on fouille, on investigue et de temps en temps on rencontre des personnes honnêtes qui aident à dérouler la pelote ….
    Le problème, lorsque, enfin ça s’éclaircit, c’est qu’on tombe systématiquement sur la même trilogie: les copains, l’état et la justice !
    Que mon père qualifiait déjà de son temps déjà au milieu des années 1970, de repères de malfaiteurs … et il s’était fondé sur un vécu…

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