Etat du Valais, ministère public. Jean-Yves Gabbud éclaire le combat de la justice contre la démocratie

13 février 2021

Jean-Yves Gabbud, journaliste au NF, a rédigé un billet d’humeur, en réalité une petite merveille d’une préface qui aurait mérité une louange même de Jacques Vergès dans son Dictionnaire amoureux de la justice.

Ce petit texte qui sera intégralement repris ci-dessous devrait être lu chaque matin à la Rue des Vergers par l’huissier de service aux membres du Bureau central du ministère public par un chômeur en fin de droit.

Tout bien considéré, la proposition émise au paragraphe précédent a été émise peut-être dans un excès de précipitation ou après un examen incluant quelque manque d’empressement, car comment aurais-je même pu imaginer une telle hypothèse pouvant contribuer à améliorer le sens de la justice d’un procureur général qui, dans l’une des affaires les plus importantes que le Valais eût jamais à traiter, lut la culpabilité et le mensonge d’un prévenu dans le mouvement de la pupille de l’œil droit du menotté qui n’avait encore répondu à aucune question.

L’énigme actuelle n’est pas de savoir si Nicolas Dubuis mérite d’être reconduit dans ses fonctions au mois de mai, mais d’imaginer comment un seul des Rouges, qui voteront comme moi pour Mathias Reynard en mars, un seul des Verts qui auront voté pour Magali di Marco ou Brigitte Wolf, un seul des PLR (à l’exception de Frédéric dont les limites de compréhension du fonctionnement des institutions sont apparues dans le Verbiergate), une seule des Oranges sanguines soucieuses de partager une partie du sens politique de Christophe Darbellay, un seul des Hauts-Valaisans, les maîtres de notre canton, qui ne sont pas des crétins, pourraient encore faire confiance à Nicolas Dubuis pour la prochaine législature.

Parmi les députés chrétiens qui imagineraient que le numéro 1 du ministère public ne retrouverait pas du travail et ne pourrait ainsi plus nourrir sa fille, dont la mère m’aime d’un amour si tendre, qu’ils se rassurent, l’Étude du Ritz lui confierait un bureau au fond du couloir pour diriger la cellule de crise couvrant les cas pénaux les plus indigestes. L’avantage institutionnel de la chose serait évident : il est plus sain pour une démocratie que des amis œuvrent au sein de la même entité commerciale qu’ils se rendent des services sur le dos des institutions qu’un procureur général doit protéger. Que ceux qui pensent que j’exagère se demandent simplement par exemple pourquoi la présidente de Sembrancher, celle-là même qui prônait la transparence avec tant de fraîcheur feinte privilégie aujourd’hui l’opacité refusant encore que le conseil municipal statue sur le choix de l’avocat de la commune, ne voulant notamment pas que Me Michel Ducrot puisse être nommé, soutenant à la ronde que les qualités de Filou du Ritz correspondent à celle de la meilleure étude du canton, comme si l’on pouvait comparer une Bentley munie d’un volant intelligent à un trax en forme de gourdin. Manipulée de manière outrancière la brave dame à l’écharpe présidentielle n’a selon toute vraisemblance pas encore compris pour quelle raison le procureur général s’est empressé de prendre le contrôle du dossier de Sembrancher, celui-là même où j’ai le plaisir d’être prévenu de dénonciation calomnieuse pour avoir simplement proposé au Capitaine Reynard de vérifier la conformité d’un acte de vente immobilière qu’un brillant notaire si apprécié de Bernard Giovanola et de Daniel Emonet avait instrumenté, et qui fait sourire tous les officiers publics qui l’ont lu.

Alors oui, il faut lire et relire Jean-Yves Gabbud qui, en un trait de plume, a compris ce que dénonce depuis dix ans L’1Dex.

Lisez. Dégustez. Réfléchissez. Souriez. Aimez.

« Il était une fois un ado qui voulait s’amuser avec ses potes. Sa maman lui dit: «Tu peux sortir, mais tu ne rentres pas après minuit.» Le jeune homme a passé son samedi soir à boire et est rentré sur le coup de 6 heures.

A son arrivée à la maison, sa mère l’a privé de sortie pendant un mois.

L’ado a frappé à la porte de son frère, étudiant en droit.

Au repas suivant, le futur avocat a expliqué à sa mère que la punition devait être levée. «Mon frère est rentré dix-huit heures avant dimanche à minuit. Comme tu n’as pas précisé le jour de rentrée, il est dans son droit.» Le père, juge à la retraite, a abondé dans ce sens et a condamné sa femme à offrir un supplément de dessert au fils condamné à tort.

Ainsi fonctionne notre justice. Les arguties juridiques prennent le pas sur la logique élémentaire. Le Tribunal cantonal a, par exemple, donné tort au Conseil d’Etat qui avait décidé de limiter à dix fidèles la participation à la messe, estimant qu’aucune preuve ne peut être apportée à l’efficacité de cette mesure contre le Covid.

Les juges font fi de l’urgence de la situation. Ils oublient juste la réalité et, ce faisant, ils font courir un sérieux risque à notre démocratie ».

Oui, la justice peut menacer la démocratie; la justice est parfois même l’ennemie de la démocratie.

Que cette évidence que je dénonce publiquement depuis dix ans ait éclos dans le quotidien préféré des Valaisans à la suite d’une messe est peut-être un signe du Seigneur adressé à nos plus éminentes autorités qui sauront ainsi donner leur confiance aux juges cantonaux et au procureur général qui le méritent, après avoir relu le prophète du jour, Jean-Yves Gabbud, qui m’a tant ému, et après s’être abonnés à L’1Dex (1).

Bonjour à ceux qui ne désespèrent pas et qui choisissent le tragique.

 

 

Post Scriptum : J’ai lu récemment un magnifique petit livre, « Si vite que courent les crocodiles », non encore publié, que je recommande par avance à Jean-Yves Gabbud, qui ne le prêtera pas à Gilles Berreau qui n’y comprendrait rien du tout.

(1) Jean-Yves, un petit effort, après cette louange méritée, je te propose de cliquer ici.

 

 

Références :

La chronique de Jean-Yves Gabbud

Le PLR et l’UDC menacent de ne pas réélire le procureur général valaisan

 

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

2 thoughts on “Etat du Valais, ministère public. Jean-Yves Gabbud éclaire le combat de la justice contre la démocratie”
  1. Oui, Jean-Yves Gabbud, journaliste au NF, a tout dit par son billet sur le perfide fonctionnement de nos organes justice valaisans: «Comme tu n’as pas précisé le jour de rentrée, il est dans son droit».

    Honte aux indignes corbeaux minant de père en fils par leurs perfides figures les organes de justice de notre canton.
    Honte à ces indignes corbeaux liberticides.

    Merci à l’1dex et à J.-Y. Gabbud d’exposer l’indignité minant ici notre canton.

  2. Le problème en lien avec le Procureur Général est minimisé par un certain Valais alors que le mal est profond et manifestement le responsable des institutions semble avoir atteint sa limite de compréhension. L’inaction est lourde de conséquences sur la crédibilité du canton.
    Que certains ambitionnent pour leur canton la venu d’investisseurs et le retour des « cerveaux » valaisans est une saine ambition pour booster le développement économique du canton, encore faut-il leur donner une garantie du bon fonctionnement des institutions de l’Etat, la justice en fait partie.

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