Bourges, une ville qui vaut le détour

BourgesJ’ai passé en juillet quelques jours à Bourges, une ville magnifique, que j’avais juste entrevue il y a des années et que je souhaitais mieux connaître. Cette ville très ancienne, à la très riche histoire, est située dans une plaine entre Paris et le Massif Central, à l’Ouest de la Bourgogne et à l’Est de la Vallée de la Loire. Elle est la capitale du Berry et le chef-lieu du département du Cher. Peuplée de plus de 66.000 habitants (appelés Berruyers et non Bourgeois !), elle est au centre d’une aire urbaine de 135.000 habitants.

Grande cité gauloise nommée Avaricum, capitale des Bituriges Cubes, puis sous le nom de Biturigas capitale de l’Aquitaine, Bourges est au Moyen-Age une ville importante. Durant la Guerre de Cent Ans, elle est la frontière Sud du royaume contrôlé par le roi de France, au-delà de laquelle s’exerce la souveraineté anglaise. Charles VII y réside plusieurs années en faisant la capitale du royaume et son fils Louis XI y naît. Le duc Jean de Berry y fait bâtir un palais et une Sainte-Chapelle aujourd’hui détruite. Aux XVéme et XVIèmes siècles, une prestigieuse Université y attire de nombreux étudiants notamment allemands (et Calvin y étudia).

Pour prendre contact avec l’histoire locale, rien de tel qu’un passage à l’Office du Tourisme près de la cathédrale, où une salle propose quelques panneaux très bien rédigés et très bien illustrés sur Bourges de l’Antiquité à nos jours.

Le premier centre d’intérêt est la très belle cathédrale gothique, dominant la cité à l’Est. A l’extérieur ses portails sont admirablement sculptés. Un intérieur remarquable par l’absence de transept avec une nef principale donnant, quand on a franchi la porte, une impression de grande élévation. Le choeur est entouré d’une série de vitraux avec des scènes pleines de vie (comme celui représentant le Bon Samaritain, et il faut noter la représentation d’une série de métiers du Moyen Age);
sur la cathédrale, voir cette vidéo:

Vue de l'extérieur de la majestueuse cathédrale
image: Renaud Mavré, Domaine public

 

Vue de la nef principale
image: Mossot, Creative Commons

 

Vitrail de saint Jean-Baptiste
image: Baldiri, Creative Commons

 

Le Palais Jacques-Coeur est une des plus belles réalisations d’art gothique flamboyant civil. Construit sur les murs gallo-romains, comme la plupart des monuments de la ville, il offre d’un côté la physionomie d’un édifice fortifié encore médiéval, alors que de l’autre côté il est constitué d’une élégante résidence organisée autour d’une cour intérieure. Jacques Coeur était un riche négociant qui commerçait avec l’orient et devint grand argentier de Charles VII. Il bénéficia peu du bel édifice qu’il s’était fait construire car, bien qu’il ait beaucoup fait pour lui plaire, le roi le fit arrêter, il dut s’enfuir et termina sa vie en exil.

Le Palais Jacques Coeur
image: Remi Mathis, Creative Commons

 

Le Musée du Berry dans le bel hôtel Cujas présente des tableaux, mais aussi des objets antiques, comme un grand nombre de stèles funéraires gallo-romaines qui donnent l’impression qu’on visite un cimetière; à signaler aussi les statues de dix pleurants qui ornaient le tombeau de Jean de Berry. Le Musée des Arts Décoratifs, installé dans l’hôtel Lallemant de style Renaissance qui vaut lui-même le détour, expose de très beaux meubles en marqueterie. Dans le bel Hôtel des Echevins a été aménagé le Musée Estève qui réunit de nombreuses oeuvres et d’intéressantes informations sur le grand peintre abstrait Maurice Estève (1904-2001) natif de la région, qui composait des toiles où des couches de peintures successives se superposaient et se combinaient, dans un long exercice jusqu’à l’obtention d’un équilibre jugé parfait. Le Muséum d’Histoire naturelle vaut le déplacement avec ses salles sur l’évolution de l’homme, une partie consacrée aux chauves-souris et actuellement (jusqu’au 28 septembre 2014) une exposition sur l’utilisation des animaux durant la Guerre de 1914-1918. Près de la cathédrale, un ancien bâtiment loge le Musée des Meilleurs Ouvriers de France, où l’on voit les remarquables chefs-d’oeuvre que ces maîtres-artisans, de la mécanique à la couture, doivent réaliser pour obtenir leur titre.

Musée des Arts Décoratifs dans l'Hôtel Lallemant
image: Mossot, Creative Commons

 

Musée Estève: Skibet
source: http://www.culture.gouv.fr/

 

En bordure de la vieille ville, à quelques pas du centre, on peut d’autre part entrer dans les bucoliques Marais, qu’on parcourt en partie à pied en longeant des canaux ombragés de grands arbres, ou en bateau. Cette zone, réservée autrefois à la production maraîchère destinée à nourrir la ville, abrite encore de nombreux jardins potagers. Près de la gare, le jardin des Prés-Fichaux (datant des années 1930) est un exemple de parc urbain artistiquement conçu où en suivant de larges allées bordées de bancs, on traverse des parterres de fleurs alternant avec des espaces plantés d’arbres.

Une vue des Marais de Bourges
image: Berthgmn, Creative Commons

 

Il faut encore flâner dans la vieille ville où subsistent de nombreuses maisons à colombages, avec des poutres sculptées, parfois sur de larges portions de rues ou de places (rue Gambon, rue Mirebeau, place Gordaine, rue Bourbonnoux). On trouve dans d’autres rues des hôtels particuliers des XVIIème et XVIIIème siècles.

D'anciennes maisons à colombages
image: Nicolas Bochenek, Creative Commons

 

Bourges est aussi une ville française au plein sens du terme par sa gastronomie. On y déguste les excellents vins blancs et rouges de Sancerre et de Menetou-Salon, cultivés à proximité. Il s’y trouve aussi de très bons restaurants. Une bonne adresse est le Bourbonnoux (44 rue Bourbonnoux), très bonne cuisine avec des menus de 13 euros (en semaine) à 32 euros. Un autre restaurant agréable est le Comptoir de Paris (1 rue Jean-Girard), formule et menu déj. à 11,80 et 14,80 euros, carte le soir à 25 euros.
Un bistrot sympathique pour boire autre chose que du Sancerre, dans une ancienne maison à colombages: Le Pub Jacques Coeur (1, rue d’Auron).

Pour nourrir l’esprit, une bonne librairie remplie jusqu’au plafond, avec un excellent accueil: Librairie La Poterne, 41 Rue Moyenne (près de la cathédrale).

Bourges, dès le XIXème siècle, a aussi connu un développement industriel autour de la métallurgie et de l’armement. Voici des renseignements sur l’économie de la ville:
"C’est seulement à partir du xixe siècle que Bourges retrouve un véritable essor économique : en 1850, la fonderie de Mazière s’installe au sud de la ville et s’équipe de deux hauts fourneaux circulaires en 1864 grâce à Louis Léonce Melchior de Vogüé ; elle se spécialise dans les charpentes métalliques comme celles du Pavillon Baltard de Paris, et les pièces de fonderie et du mobilier urbain ; l’installation d’industries métallurgiques, aéronautiques, chimiques et d’établissements militaires, attire une importante main-d’œuvre. Depuis 1952 une usine pour la fabrication des pneumatiques Michelin a été édifiée au nord de la ville. Aujourd’hui, le développement du trafic routier replace Bourges, grâce à sa position géographique, dans une situation privilégiée.
• Défense nationale : Écoles militaires de Bourges (EMB) qui regroupent l’école du matériel, l’école du train et le centre de formation logistique.
• Fabrications d’armement : DGA Techniques Terrestres (anciennement établissement technique de Bourges), Nexter (anciennement GIAT industries). Ce dernier est scindé en plusieurs entités, Nexter Systems qui possède un bureau d’études et Nexter munitions, une de ses filiales qui a son bureau d’études à Bourges sur le site des « Pyramides » et la production qui est centralisée à La Chapelle-Saint-Ursin.
• Centre de Formation de la Défense (CFD), principal centre de formation du personnel civil de la défense (anciennement centre de formation de la direction générale de l’Armement.
• Conception et fabrication Aéronautique, Société nationale industrielle aérospatiale. Anciennement Nord-Aviation, puis Aérospatiale, suivie par la fusion avec Matra. En 2002 fusion avec deux grands missiliers anglais et italien, pour devenir la société MBDA, leader mondial de l’armement.
• L’usine Michelin traite essentiellement les pneus aéronautiques (fabrication et rechapage).
• Au xixe siècle, Bourges doit une partie de sa prospérité à sa traversée par le canal de Berry dont elle a d’ailleurs demandé la modification du tracé initialement prévu, vers 1811, afin d’être desservie par lui.
• Bourges est aussi le siège de l’entreprise Monin, très connue pour ses sirops."

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bourges

Politiquement, si la ville de Bourges est actuellement gouvernée par un maire UDI (centre-droit), elle a connu une direction communiste de 1977 à 1995.

En été, Bourges est très agréable: rues du centre (particulièrement la rue Moyenne avec de nombreux magasins) fréquentées la journée, terrasses animées le soir, concerts à divers emplacements. Pour ceux qui peuvent se libérer à cette période, elle accueille le Printemps de Bourges, un festival de musique qui depuis 1977, en avril de chaque année, se consacre notamment à faire connaître la bonne chanson française.

Alors, Bourges est un endroit qu’on peut sans hésiter choisir pour quelques jours de vacances: le charme du passé, le dynamisme du présent, les plaisirs de l’esprit comme ceux d’une bonne table, de quoi apprécier la vie !