Brexit. Et au milieu coule la rivière

IMG_20160616_0004_NEW(Par GENEVIEVE LEVINE CUENNET)

 

En 1992, un étudiant helvétique était exclu du programme Erasmus. C’est donc par la grâce d’un accord à l’arrache entre deux universités (lui-même basé sur la bonne volonté et l’immense créativité de deux enseignants de littérature anglaise), que je passai huit mois outre-Manche, plus précisément à Sheffield, ville (post)- industrielle du Nord, en 1992-93.

Sheffield Steel ne faisant plus recette, la ville se cherchait un autre destin. Dans un appartement glacial au-dessus d’une quincaillerie de la mal-nommée Duchess Road, mes colocataires Jacqui, Claire et Colette bercèrent mes oreilles des accents divers de la perfide Albion.

IMG_20160616_0006_NEWPendant huit mois, le Lake District (et même le Pays de Galles) remplacèrent le Val d’Hérens.

Souvent aussi, mes pas me portèrent à la rencontre de Sheffield, de ses rues animées et de ses endroits déserts. Il y avait du pittoresque dans les usines de briques rouges, dont la  grande majorité n’était plus que des fantômes (ou des caves à bière) déjà pendant ces années 90.  Mes vagabondages dans les quartiers d’entrepôts déserts (ou cinq ans plus tard on filma « The Full Monty ») me laissent quelques souvenirs inénarrables, comme celui d’une valise voguant grande ouverte sur la rivière Sheaf,  et où s’empilaient … des chemises impeccablement repassées ! Macabre conclusion ou excentricité anglo-saxonne … ??

Ce matin, le résultat de Sheffield est 50,99% en faveur du Brexit.

La nation britannique ne connaissait à l’époque ni Cameron, ni Farage, ni Corbyn. Les tabloïds étaient pleins de « Grey » Major (le successeur de la Thatcher), de Charles et Diana (qui annoncèrent leur divorce) et du petit James (sauvagement tué par d’autres enfants à Liverpool).

IMG_20160616_0007_NEWAprès quelques jours en Suisse début décembre, je prenais l’avion le jour-même du scrutin lors duquel nous autres Helvètes refusâmes d’entrer à l’UE le 6 décembre 1992. Les nouvelles circulant moins vite qu’aujourd’hui, je n’en connaissais pas encore l’issue, et ce fut mon voisin de siège qui me la révéla. Je repense d’ailleurs immanquablement à ce vol British Airways en entendant la délicieuse expression anglaise «to  turn down » (qui signifie refuser, décliner une proposition ou invitation). J’eus ensuite droit ce jour-là à un argumentaire en règle des raisons pour lesquelles les Suisses devaient absolument adhérer…

Quel qu’ait été le bulletin que ce sujet de sa Majesté a glissé dans l’urne hier, j’espère que ses enfants (ou petits-enfants) ne seront pas exclus d’Erasmus.

 

Post Scriptum : les photographies sont d’époque !