Affaires FIFA. Retrouvailles à Bellinzone (10)

8 juin 2022

Rémi Dupré est en Suisse. Au Tessin. A Bellinzone. Au Palais de justice du Tribunal pénal fédéral. Avec une soixantaine de journalistes, des curieux, des avocats, des accusés, la fille de l’un d’eux.

Pour comprendre comment Blatter et Platini ont pu s’aimer, se supporter, se détester et – peut-être – se haïr.

Pour entendre les paroles des uns et des autres, du procureur Hildbrand, celui-là même qui a osé foirer l’Affaire ISL-FIFA, qui veut peut-être sa revanche aujourd’hui. Des avocats, star zurichois du barreau, ou jeune ambitieux bernois. Un ancien président de la FIFA, défaillant dans sa santé au crépuscule de sa vie. Un ancien triple Ballon d’Or, le meneur de jeu des Bleus à Séville en 1982, la star de la Juventus et l’ancienne idole des Verts de Saint-Etienne.

Pour écouter – peut-être – Olivier Thormann, ancien procureur devenu par la grâce des dieux juge pénal auprès de la Cour d’appel fédérale à Bellinzone. Qui dira – peut-être – comment Michel Platini a pu être quasiment blanchi, puis, subitement, apprêté à subir la guillotine. Qui dira – peut-être – les rôles joués par Marco Villiger et par Jérôme Valcke. Qui s’autorisera à se taire s’agissant des rencontres secrètes entre la FIFA d’Infantino et le MPC, puisqu’il n’était pas présent. Qui – peut-être – remerciera Michael Lauber d’avoir si bien dirigé le ministère public fédéral.

L’audition de M. Blatter, accompagné à l’audience de sa fille, Corinne, était prévue mercredi matin. En raison de l’état de santé du Valaisan, autorisé par ses médecins à comparaître seulement durant quatre heures et demie le matin, cet interrogatoire a été reporté à jeudi matin, avant celui de M. Platini. « Mon client a des douleurs à la poitrine, il n’est pas capable de subir cet interrogatoire », a fait savoir à la cour son avocat, Lorenz Erni. « Je ne vais pas bien, je ne peux pas bien respirer. J’espère que j’irai mieux demain », a indiqué l’octogénaire. Qui sait, ce jeudi, Sepp Blatter sera aussi frais qu’un jeune innocent courant après les jolies filles. L’air du Tessin peut être bénéfique à ceux qui ont la conscience toute pure.

On ne s’étonnera pas que toutes les questions préjudicielles aient été rejetées par le tribunal. Comme si la cause n’était pas déjà jugée et le verdict transcrit dans le système informatique du tribunal pénal fédéral. Comme au théâtre, le dernier acte est déjà écrit, il n’est simplement pas encore connu des spectateurs.

« La tension est montée d’un cran lorsque le camp Platini a réitéré, devant le TPF, sa demande d’accès au dossier pénal de l’enquête menée par deux procureurs extraordinaires et qui vise l’actuel président de la FIFA, Gianni Infantino, pour « incitation à l’abus d’autorité, à la violation du secret de fonction et à l’entrave à l’action pénale ». Cette enquête pénale a été ouverte en juillet 2020, et porte sur trois rencontres secrètes (sans procès-verbal), en 2016 et 2017, entre M. Infantino et l’ex-procureur général Michael Lauber, chargé des investigations en lien avec la FIFA entre 2015 et 2019. A ce jour, six personnes sont visées : MM. Infantino et Lauber ainsi qu’André Marty, ex-porte-parole du MPC, Rinaldo Arnold, ami d’enfance de M. Infantino et procureur du Haut-Valais, l’ex-directeur juridique de la FIFA Marco Villiger, et l’ex-procureur Olivier Thormann, qui a ouvert l’enquête du MPC sur le paiement fait à M. Platini. » On ne va pas imaginer les conséquences sur le procès Blatter-Platini si l’on pensait vraiment que cette autre procédure pénale pouvait aboutir à du concret ! Mais, comme au théâtre on fait semblant.

Est ressorti du chapeau du magicien de service un document établi par l’Autorité de Surveillance du Ministère Public Central indiquant « que M. Infantino avait cherché en juillet 2015, par le truchement de son ami M. Arnold, à obtenir des informations sur les procédures en cours du MPC à son sujet et sur MM. Platini et Blatter ». Mais, là encore, un mur infranchissable pour l’ancien tireur de coups-francs : peu de monde veulent que le Français puisse échapper à un destin funeste. Blatter lui sourit, mais qui croit vraiment à ce sourire de charmeur carnassier. Les journalistes ne sont en aparté pas trop sévères avec Michel, mais l’affaire est déjà décidée selon les lucides de salon.

Les pères responsables disent à leurs enfants « soyez responsables des rencontres que vous faites dans la vie ». Michel Platini, pourtant bien installé à l’UEFA, a choisi de côtoyer de féroces coquins sans décrypter la qualité des âmes qu’il fréquentait. La FIFA, comme le démontre la chronologie de L’1Dex, était pourrie jusqu’à la moëlle. Dans ces eaux-là, plus proches de la boue immonde que de l’eau claire des piscines de Monte-Carlo, il est très difficile de ne pas s’embourber.

Le tribunal dira la vérité judiciaire qui suivra Michel Platini.

Sepp Blatter, lui, le miraculé de jadis, sourit. Que peut-il encore craindre ? Tout au plus un article un peu sérieux du Nouvelliste pour informer vraiment les Valaisans qui ne connaissent pas encore L’1Dex.

 

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Les précédents épisodes :

Pourquoi Michel Platini doit être acquitté

Ces petites choses sans importance

Dans le grand bain de la déontologie et de la langue allemande

Voici venu le temps des interprétations

La Tour de Babel, la place des langues

Le papy flingueur

Un juge fédéral sous enquête pénale

Sepp, l’arroseur-arrosé

Olivier Thormann parlera-t-il ?

Retrouvailles à Bellinzone

 

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

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