Demain à l’aube, et si c’était moi

Encore une nuit. Une nuit sans sommeil, à rester serrés les uns contre les autres. A tressaillir au bruit des bombes au loin. Et surtout, à attendre l’aube. Encore une nuit à revoir inlassablement les rues joyeuses de ma ville. Les arbres, les passants insouciants. Encore une nuit à me demander où ils sont tous passés. Certains ont payé cher pour traverser les montagnes. D’autres sont morts. Nous n’avons plus de villes, nous n’avons plus de nom.

Les jours gris et les fous

Parfois n’as-tu pas honte ? Offrir un fruit à peine coulé sur le menton, que tu nous l’arraches. Ouvrir un livre aux mille forêts sans même pouvoir en parcourir une en entier. Nettoyé trop vite le nez plein de morve. Rangés les vieux jouets au plastique ravagé par le soleil. Chère enfance, pourquoi m’as-tu laissé partir ?

Avoir mille ans

J’ai mille ans. Je ne compte plus les nuages qui envahissent le ciel. Je regarde la télé, sans comprendre vraiment ce qui se passe. Ce qui bouillonne loin de moi. J’ai mille ans et ne suis plus capable de compter les pertes. Mon verre à moitié vide me tient la jambe depuis que celui à moitié plein s’est brisé lorsque j’étais jeune. J’ai mille ans et ma peau épaisse et grasse ne laisse plus rien passer. Pas même la brise légère de fin d’été. Le temps ne signifie pas grand chose.

Les 50 nuances de ta mère

Cette semaine, je me suis projetée. Non pas que vos petites bobines me donnent envie d’être à demain mais une maman ne peut s’empêcher, parfois, de vous voir plus grandes. De vous imaginer dans un métier, dans une vie que vous vous serez fabriquée. Cette semaine les rêves d’avenir, le coin de la bibliothèque et les années passées ont fait le travail.

Les infinis

Devant un film à l’eau de rose. Un de ceux qui te cloue au canapé et qui te fait te dire que bon… c’est chou. Bon…tu sais que la larme à l’œil ne saurait tarder. Bon…dans la réalité c’est pas très possible. Malgré le préfabriqué de l’histoire, au détour d’une phrase-bateau qu’on aime entendre, qu’on s’attend à entendre et qu’on entend sans entendre, au détour des sentiments un peu programmés, un thème a surgi : devenir quelqu’un et s’inscrire dans l’infini. Tout faire pour s’inscrire dans le souvenir collectif.

Attraper un instant

Notre vie est parsemée d’images. Celles que l’on affiche dans les lieux publics. Celles que l’on collectionne. Celles qu’on décide de mettre aux yeux sur les murs de notre maison. Celles qui défilent le long des routes et au fil des programmes télé. Regarde-t-on vraiment ? Cet amas décousu attire-t-il réellement l’analyse ? Les noyers que nous sommes ont-ils le temps d’apprécier celles qui le méritent ?

Vendre l’après

Et voilà ! Impossible maintenant de se promener entre les saucisses soldées et le riz au jasmin sans mettre ses lunettes de soleil ! Impossible de ne pas se faire attaquer la rétine par les guirlandes honteusement lumineuses. Impossible de se diriger vers les tubes de colle sans lorgner sur les belles boules rouges, blanches et jaunes. Impossible de filer droit vers tes courses ordinaires sans passer par l’itinéraire : Noël. « C’est tôt ! » se disent les grands-mamans autour du café. « Déjà ? » se questionnent les uns. « N’importe quoi ! » maugréent les autres.

Regards, modèles etc.

Un miroir et ton visage bien en face. Un ami proche et son opinion bien en face. Le silence et tes doutes bien en face. Je me suis longtemps demandée qui nous sommes. Qui sommes-nous dans la société ? Dans l’intimité ? Qui sommes-nous pour nous-même ? Des individus singuliers ? Des copies qui reproduisent ? Des paumés ? Ou au contraire des innovateurs de l’espèce, ouverts et réceptifs ?

Les passagers

Début de soirée, sur la place centrale déambule un drôle de cortège. Que des hommes ou que des femmes. Et ça rit et ça crie. Ça danse aussi. Au milieu de ce joyeux bazar, un ou une élue. Docile il applique à la règle ce qu’on lui dit de faire. Endosser un déguisement ridicule. Vendre des objets douteux. Boire jusqu’à plus soif. Tu auras deviné sans peine que je parle des enterrements de vie de jeune fille ou de garçon. La saison des mariages bat son plein et il n’est donc pas impossible de croiser en fin de semaine, au détour d’une terrasse, quelques gais lurons fêtant un ami s’apprêtant à entrer dans les choses sérieuses. Comme beaucoup j’ai déjà organisé, participé et même vécu en tant qu’élue ce moment placé sous le signe de la rigolade.