Affaires FIFA, le procès Blatter – Platini. Le rêve de l’équité (26)
16 juin 2022
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Thomas Hildbrand a fait le job. En un mémoire de près de 100 pages, traduit en direct par un interprète aux journalistes francophones, et en une plaidoirie de quatre heures, le procureur fédéral a dit tout le mal qu’il pensait de deux êtres animés d’une féroce énergie criminelle. Que la FIFA était gangrenée jusqu’à la moëlle et que le Grand Chef Indien ne pouvait pas échapper à une responsabilité médiatique maximale, il ne fallait pas appartenir au clan des illuminés pour l’avoir constaté depuis des années (cf. encore et toujours : la chronologie de L’1Dex). Que les dernières années du règne du Viégeois aient été ternies par des comportements criminels, que stigmatiseront finalement les Américains qui ne supportaient plus la passivité de l’Europe et de la Suisse, c’est aussi une évidence évidemment évidente.
Mais dans ce marasme boueux pourrissant, l’Affaire Blatter – Platini a une autre couleur, empreinte de trahisons, d’inimitiés, de férocité ambitieuse, de jouissance du pouvoir et de politique institutionnelle. Et c’est là, j’ose le penser, que se cache la substantifique moëlle de la chose.
Les pénalistes affirment que la procédure pénale doit s’inscrire uniquement dans le code pénal et dans le code de procédure pénale. Les enjeux de pouvoirs doivent lui être indifférents. Le MPC n’est que le protecteur de la société civile et doit protéger les citoyens lésés. Soit.
Mais que s’est-il passé dans le cas singulier ? Voilà Blatter qui doit déposer les armes (on se demande bien comment un homme si malin a pu vouloir exécuter un cinquième mandat successif à son âge ! Seule la soif improbable du pouvoir peut expliquer une telle bêtise monstrueuse). Et Platini fut, à ce moment charnière de la vie de la FIFA, le mauvais messager : « Sepp, tu dois déguerpir, et au plus vite ». Ce propos, tenu en substance par le président de l’UEFA, a provoqué des douleurs narcissiques chez le Haut-Valaisan. Alors, peut-on imaginer, il s’est subitement dit que les choses n’allaient pas se passer d’une bonne manière. Une sorte de réaction impulsive inconsidérée dans laquelle s’est engouffré, à mon sens de manière honteuse, Gianni Infantino, qui y a vu l’opportunité de tackler affreusement Michel Platini, qui estimait, peut-être à juste titre, qu’il devenait le successeur naturel de celui qu’il avait contribué à placer sur le trône du monde du football.
Avant le débarquement des Américains à Zurich tout allait plus ou moins bien entre Blatter, Platini et Infantino. Toutes les opérations financières, officielles, officieuses, secrètes, cachées, bilatérales, trilatérales et autres, auxquelles pouvaient avoir été parties ces braves étaient considérées comme absolument « normales » par les trois, par les gens qui les entouraient et par les corporations de droit privé et de droit public (impôts) qui pouvaient être intéressées. Les trois membres de la ligne d’attaque administrative du football mondial et européen gagnaient très bien leur vie et avaient bien séparé leurs zones d’activité sur le terrain. Personne ne marchait en général sur les pieds des deux autres. Le pognon pouvait ainsi rentrer dans l’organisme faîtier et permettre un huilage massif et ordonné de toute la structure, ce qui pouvait inclure, ils le savent tous, quelques graissages singuliers, mais correspondant à des décisions croisées. Ce petit monde n’a jamais eu besoin de consulter Swisslex, ni le CCS, ni le CPS, ni le CPP, ni même les lois fiscales. Tout le monde était heureux et la hiérarchie était bien respectée, le sergent-major n’importunait pas le colonel qui respectait les lubies du général.
Est peut-être arrivé ce moment où les graissages de pompes prenaient une ampleur désordonnée dans d’autres régions du monde. Alors, Blatter, avec ou sans l’assentiment de Kattner, mais à tout le moins en sa qualité de Roi Soleil de l’organisation, s’est dit qu’il était temps de respecter des promesses orales qu’il n’aurait pas manquer d’avoir faites à son fidèle chevalier, impatient ou non de participer aux festivités. Dans ce petit monde de cour, comme au temps de Saint-Simon, tout se sait dans les loges. On bavarde, on se gausse des uns et des autres, on s’envoie des vannes et on attend son tour.
Mais, lorsque le Roi est déchu, le larbin, cireur de chaussure, peut y voir une opportunité d’accéder au trône. Un peu comme Poutine succédant à Eltsine et accédant au Kremlin par la grâce de méthodes plus ou moins régulières et de soutiens plus ou moins francs.
Et c’est là, dans ces circonstances si singulières, que le ministère public de la confédération se devait d’être particulièrement précautionneux avant de vouloir apparaître comme le Grand Nettoyeur en Chef des ambitions de quiconque.
Si l’on lit dans l’après-coup l’histoire des événements, on doit reconnaître qu’une créance, fictive ou non, a été librement acquittée plusieurs années avant le déclenchement des hostilités par la FIFA; qu’aucun organe de contrôle ni de révision n’a posé son veto devant cette opération qui ne pouvait échapper au regard attentif des intervenants. Alors avant de semer un bordel sans nom, non seulement à l’intérieur de la FIFA déjà ébranlée par le FBI et la justice américaine, mais surtout au sein même du MPC, les procureurs se devaient de respecter dans tous les détails les règles de la procédure.
Et c’est là que le bât blesse. Aucun juriste, pas un seul de bonne foi, hormis les avocats aujourd’hui d’Infantino, ne viendront soutenir qu’il était approprié que le procureur de la Confédération, approché par un ami d’enfance de Gianni Infantino, lui-même procureur du Haut-Valais, Rinaldo Arnold, ait pu accepter des rencontres dans des établissements publics avec l’organe majeur de la partie civile. Cela relève de l’inadmissible, de l’insupportable, du grotesque même.
Dans une affaire internationale dans laquelle se plongera nécessairement l’ensemble de la presse mondiale, le MPC devait immédiatement organiser ses démarches de telle manière de n’avoir aucun lien suspect avec quiconque, de faire son travail dans son propre trou, de renvoyer sans ménagement Rinaldo Arnold, de dénoncer formellement ce magistrat auprès du procureur général du canton du Valais, de mettre à pied peut-être le chef de l’information qui avait cru devoir participer à la chose et de s’interdire lui-même d’entrer dans ce qui ne pouvait être vu à un moment donné par les adversaires du MPC que comme une chausse-trappe destinée à les faire tomber. Cette attitude s’imposait d’autant plus que les criminels recherchés s’étaient trouvés à un moment donné à la tête de la FIFA. On ne peut pas considérer que celui qui avait tiré ses marrons du feu par la grâce d’événements suspects pouvait sans réflexion préalable être assimilé à un être dépourvu de la moindre égratignure. Qui, sérieusement, peut croire à la blancheur immaculée de Gianni Infantino au moment où l’aide de camp de Michel Platini accède à la Marche Suprême de l’Olympe du foot ? Simplement personne.
D’ailleurs, si l’on voulait vraiment le bien du football, la percée au sein des institutions administratives de la FIFA et de l’UEFA d’un ancien footballeur renommé eût dû permettre, même après le débarquement des Américains, de conduire à protéger Michel Platini et à le mener à la première place.
La logique politique des événements, vus de l’extérieur, eût été que Gianni Infantino et Michel Platini s’allient pour le bien du football, s’organisent pour accompagner le changement et mettent leurs ressources communes pour succéder naturellement à l’ère de Blatter.
Que la justice pénale ait accepté, à l’insu de son plein gré, comme Virenque, ou de manière concertée et intentionnelle comme le pensent les amis de Michel Platini, d’entrer dans le jeu, de faire fi de l’opportunité des poursuites et des pratiques du passé (cf. affaire ISL que connait bien Thomas Hildbrand) et de participer à la mise à mort « morale » de l’honneur de Michel Platini, ne peut que laisser un goût amer aux amis de la justice qui savent que l’exercice de celle-ci ne suit jamais la route du blanc et du noir.
Mais, aujourd’hui précisément, Thomas Hildbrand et la FIFA, par leur décision, prise en commun peut-on le penser, ont décider à la face du monde de régler la chose de manière manichéenne.
Moi, dans mon petit coin d’innocence et de naïveté, je crois que l’équité passe par la constatation que la curée médiatique a suffisamment puni les deux artistes, de la ruse et du football, et qu’un acquittement ne serait honteux que pour ceux qui croient encore à l’inexistence de pécheurs au sein du parquet. Quant à la FIFA, vendues aux Qataris, dont les ressources sont illimitées, elle n’a bien évidemment pas besoin de la somme rondelette que saura utiliser à bon escient et publiquement Michel Platini, libre de toute inscription au casier judiciaire.
Rémi Dupré pense certainement que je rêve. Mais les rêves ne peuvent-ils pas devenir réalité ?
Bonjour à tous les rêveurs.
Post Scriptum : Gianni Infantino a jugé insultant son salaire de 1,8 millions de francs, qui a été certainement dès lors augmenté (cliquer ici).
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