Affaires FIFA, le procès Blatter – Platini. La marmite infectée du MPC (32)
19 juin 2022
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Dans l’épisode n° 27 de cette série d’articles a été analysée la qualité défectueuse du chaudron procédural utilisé par Thomas Hildbrand pour tenter de parvenir à une condamnation pénale. Dans cet épisode sera développée la construction même du dossier pénal par le ministère public de la Confédération (MPC). Attachez vos ceintures, ça va secouer. Secouer grave.
L’ordonnance du 20 mars 2020 de l’Autorité de Surveillance du ministère public de la Confédération (AS-MPC) révèle une chronologie proprement sidérante.
Le 18 novembre 2014, la FIFA dépose une dénonciation pénale. Cette date a une grande signification pour comprendre la suite. En effet, dès le 18 novembre 2014, la FIFA doit être considérée comme partie à la procédure pénale. Dès cette date, on peut imaginer avec une vraisemblance confinant à la certitude que la FIFA sera partie civile dans les procédures pénales. Dès le 18 novembre 2014, le MPC doit être d’une prudence de Sioux dans la gestion du dossier ouvert avec la FIFA. Tous les procureurs du monde entier le savent. 18 novembre 2014 !
Le 17 juin 2015, Michael Lauber est élu procureur général de la Confédération pour une nouvelle période quatre années. A cette occasion, il organise une conférence de presse et révèle la saisie d’un nombre astronomique de pièces, 9 téraoctets de données et 104 relations bancaires, chacune d’entre elles représentant plusieurs comptes bancaires. Le MPC doit ainsi traiter d’énormes quantités de données. Et Lauber d’ajouter : « En ce moment, nous analysons les données non scellées et donc accessibles. Sur la base de cette analyse, nous définissons des priorités dans notre enquête ».
Le 25 juin 2015, une réunion entre le MPC et la FIFA a lieu pendant cinq heures.
Le 29 juin 2015, Michel Platini annonçait sa candidature à la présidence de la FIFA.
Le 8 juillet 2015, une rencontre entre Michael Lauber, André Marty et Rinaldo Arnold a lieu au bureau du procureur général de Suisse. Arnold était à l’époque procureur général du canton de Valais. Rinaldo Arnold est un ami d’enfance d’Infantino. Gianni Infantino était depuis 2009 secrétaire général de l’Union des associations européennes de football (UEFA), la fédération européenne de football. L’UEFA est une sous-affiliation de la FIFA et a le plus grand poids économique au sein de la FIFA. Cette rencontre a eu lieu à l’instigation de Rinaldo Arnold, qui l’a demandée à André Marty (réponse de l’informateur Marty, n° 61 ; réponse du procureur fédéral, n° 24). Il n’y a pas de procès-verbal de cette réunion.
Selon André Marty, la réunion du 8 juillet 2015 aurait porté sur des « questions générales de droit pénal » ; il l’a déclaré lors de son interrogatoire par l’AS-MPC le 12 novembre 2018 et lors de son audition en tant qu’informateur dans le cadre de la procédure. A l’occasion de son audition, il a ajouté que les questions concernaient « des questions générales, la différence entre le MPC et les parquets cantonaux » et « comment le MPC est-il organisé ». Le procureur fédéral a parlé d’un « échange général » qui « n’a rien à voir avec une quelconque procédure ».
On entre ici dans le plein pied du n’importe quoi. A qui d’autre qu’à des crétins finis veut-on faire passer la pilule consistant à affirmer que ces hommes dont le métier est le droit pénal ont abordé le 8 juillet 2015 la question du mode d’organisation différent du parquet suisse et des parquets cantonaux. Bullshit ! Interrogée plus tard par Darius Rochebin au TJ de 19 heures 30, de grande écoute, sur la question du contenu des réunions secrètes, Carla del Ponte, l’ancienne procureur général de la Confédération a affirmé que l’absence de souvenirs relevait de l’impossible et que ces malotrus s’étaient accordés pour pondre de faux témoignages. A chacun de se forger sa propre conviction. Mais, une chose est sûre : Rinaldo Arnold, procureur dans le Haut-Valais, n’avait strictement rien à faire dans cette réunion et ne pouvait pas être autorisé d’une quelconque manière à représenter son ami d’enfance Gianni Infantino.
Le 14 septembre 2015, le procureur fédéral dit ceci : « »Les informations provenant de différentes sources doivent être analysées et traitées. Permettez-moi de vous rappeler que nous avons saisi d’énormes quantités de données électroniques, qui s’élèvent à environ 11 téraoctets jusqu’à présent – vous pouvez imaginer ce que cela signifie en termes de temps et de ressources nécessaires pour nos procédures pénales en cours. Comme je l’ai dit lors de ma dernière conférence de presse à Berne en juin, de par sa nature, cette enquête prendra beaucoup plus que les légendaires 90 minutes. Permettez-moi toutefois de vous assurer que nous sommes bien conscients de l’intérêt du public pour cette enquête et que nous avons clairement établi des priorités en fonction des intérêts en jeu, mais clairement : nous ne sommes même pas proches de la pause de la mi-temps. Nous cherchons également des moyens d’accélérer la procédure, dans ce contexte, un défi supplémentaire pourrait être vu dans le fait que certaines des informations intéressant notre procédure pénale sont sous scellés. Il serait certainement utile que les parties en présence coopèrent davantage ». Ainsi, de nombreux documents, volumineux, étaient sous scellés, et non consultables.
Le 29 septembre 2015, Michel Platini retirait sa candidature.
Le 26 février 2016, Gianni Infantino a été élu président de la FIFA.
Le 22 mars 2016, une rencontre a eu lieu à l’hôtel Schweizerhof à Berne entre le procureur fédéral, Gianni Infantino, Rinaldo Arnold et André Marty. La réunion n’a pas été consignée dans le procès-verbal. Diverses informations ont été fournies concernant le contenu de cette réunion. Les documents de réservation de l’hôtel Schweizerhof sont disponibles par écrt.
Une autre réunion a eu lieu à Zurich le 22 avril 2016, à laquelle ont participé notamment le procureur fédéral suisse, Gianni Infantino, de la FIFA. La réunion n’a pas été consignée dans le procès-verbal. Selon le procureur fédéral, la réunion concernait la position de la FIFA et son rôle de partie lésée/ demandeur privé, ou la « mise en œuvre de questions de procédure spécifiques » par la FIFA.
Le 19 mai 2017, le MPC a réservé par écrit une chambre à l’Hôtel Schweizerhof à Berne pour le 16 juin 2017; le relevé de compte de l’Hôtel Schweizerhof du 16 juin 2017 fait apparaître les frais de réservation et cinq collations. L’inscription dans l’agenda des perspectives du Procureur général de la Confédération mentionne le Procureur général, XXXXXXXXXXXXXXXX, [nota bene de L’1Dex : anonymat de pacotille] André Marty et Gianni Infantino pour le 16 juin 2017 dans le « CH-Hof » avec des abréviations. André Marty a affirmé ne pas pouvoir se souvenir de cette rencontre, mais a confirmé qu’il y avait eu des contacts par SMS avec Rinaldo Arnold avant la rencontre. Le procureur fédéral a affirmé qu’il ne savait plus si la réunion avait eu lieu. Il n’y a pas de compte rendu de cette réunion. À l’occasion de son audition, le procureur général a répondu qu’il n’avait « aucune idée » si une réunion du groupe de travail interne du procureur fédéral, la FIFA, avait eu lieu la veille. Carla del Ponte ne croit pas une seconde aux mauvais souvenirs des participants qui se sont concertés, selon elle, pour aboutir à une telle position. En tout état de cause, la présence de Rinaldo Arnold relève de l’inadmissible, ce que chaque participant ne pouvait ignorer.
Dans le cadre de la procédure pénale menée par le procureur extraordinaire du canton du Valais contre Rinaldo Arnold pour avoir accepté un avantage, le procureur fédéral a émis un rapport officiel en 2019. Aux pages 2 et 4 de ce rapport, il est indiqué que la réunion du 22 avril 2016 était « la deuxième et dernière réunion », ce qui n’est pas conforme à la vérité.
Le 25 mars 2019, le procureur fédéral a fait la déclaration suivante sur les affaires de la FIFA : »La FIFA est, contrairement à ce qui est parfois dépeint dans les médias, une partie lésée de la procédure et non l’accusé. Des réunions au niveau de la direction sont nécessaires pour soutenir les chefs de procédure dans leur travail. Dans le complexe de procédures du football mondial, il s’agissait et il s’agit toujours d’environ 25 kilomètres de données à rechercher et d’éviter un éventuel scellage de ces données, car un scellage de cette quantité de données aurait pu signifier un retard de trois ans et représentait donc une question très décisive dans la conduite des procédures. Et aussi dans le même cadre : « Afin d’éviter que des demandes de préjudice ne soient déposées contre eux, les chefs de procédure n’accompagnent jamais le procureur fédéral à ces réunions et il ne se rend jamais seul à ces réunion ».
Par deux décisions du 17 juin 2019 , la commission de recours du Tribunal pénal fédéral a approuvé les demandes de récusation présentées par deux prévenus contre le Procureur fédéral. La Cour pénale fédérale a estimé que l’absence de procès-verbal des réunions avec Gianni Infantino a violé l’obligation de tenir des registres conformément à l’article 77 du code de procédure pénale.
Dans son ordonnance du 20 mars 2020, l’AS-MPC s’est exprimée sur le contenu des séances du 8 juillet 2015 et du 16 juin 2017. Il faut ici garder à l’esprit qu’à la date du 8 juillet 2015 le candidat de l’UEFA à la place de Sepp Blatter, démissionnaire du fait du débarquement des troupes judiciaires américaines et du FBI en Suisse, était uniquement Michel Platini.
La réunion du 8 juillet 2015
André Marty et le procureur fédéral ont utilisé des formulations pratiquement identiques dans leurs réponses aux questions sur la réunion du 8 juillet 2015 : elles contenaient les termes « questions générales de droit pénal » ou « il ne s’agissait pas du complexe procédural de la FIFA » (réponses du procureur fédéral, n° 24, 26 et suivants ; réponses de l’informateur Marty, n° 62 et suivants ; interrogatoire de Marty par l’AS-MPC le 19 mars 2019 [loi 52], n° 17 ; interrogatoire du procureur fédéral par l’AS-MPC le 19 mars 2019 [loi 53], n° 16). On voit ici que la véracité des conclusions de Carla del Ponte à Darius Rochebin sont fondées sur du concret.
Les déclarations du procureur fédéral sont considérées comme invraisemblables. Il n’est pas logique, du point de vue de Rinaldo Arnold, qu’en tant que procureur général du Valais (en cette qualité, le plus haut procureur du Haut-Valais) et à l’époque – selon le procureur fédéral (réponse du procureur fédéral, n° 24) – en tant que délégué du canton du Valais auprès de la Conférence suisse des procureurs (SSK) par l’intermédiaire d’André Marty, qui n’a aucune formation juridique, il ait pu s’adresser au procureur fédéral pour lui parler de « questions générales de droit pénal ». Si un procureur général valaisan souhaite avoir un échange professionnel avec le Procureur fédéral, il existe le canal institutionnalisé de la SSK (le Procureur fédéral était alors vice-président de la SSK), puis un canal de service spécialisé. André Marty n’est pas fait pour cela. La déclaration d’André Marty, selon laquelle la question était de savoir « comment, par exemple, le Bureau du Procureur général est organisé », n’est pas plausible. Il n’est pas compréhensible qu’un haut fonctionnaire du ministère public demande au Procureur général fédéral une réunion sur la question de l’organisation du bureau du Procureur général. De plus, le parquet valaisan n’avait naturellement aucune raison d’aucune sorte de se préoccuper de cette procédure pénale.
L’ordonnance de recrutement du procureur extraordinaire du canton du Valais dans l’affaire Rinaldo Arnold ne mentionne pas la réunion du 8 juillet 2015. Il est cependant clair que Rinaldo Arnold a pris un engagement privé envers Gianni Infantino ; il est clair que cet engagement a commencé « des mois avant l’élection » de Gianni Infantino comme président de la FIFA (26 février 2016); Gianni Infantino a exprimé sa gratitude à Rinaldo Arnold avant même son élection, en l’invitant à se rendre au stade de Wembley à Londres et à Nyon en 2015 pour y tirer au sort les paires de huitièmes de final de la Ligue des champions, puis au congrès électoral de la FIFA le 26 février 2016, où Rinaldo Arnold a reçu ce jour-là des services d’une valeur de 625 CHF. Rinaldo Arnold a pris un jour de congé pour la réunion du 22 mars 2016 et n’a pas réclamé les frais de voyage à Berne comme frais du parquet valaisan. On peut conclure de tout cela que Rinaldo Arnold travaillait déjà pour Gianni Infantino ou en sa qualité de particulier le 8 juillet 2015.
Du point de vue de Rinaldo Arnold, il n’est donc pas seulement réfuté qu’il s’agissait de « questions générales de droit pénal » ; en même temps, il est plausible que déjà la réunion du 8 juillet 2015 était dans le sens de Gianni Infantino du point de vue de Rinaldo Arnold. Ce dernier envisageait une candidature à la présidence de la FIFA et souhaitait savoir si les procédures de la FIFA, devenues courantes depuis le 27 mai 2015, étaient (également) dirigées contre les concurrents directs de Gianni Infantino pour la présidence de la FIFA. Gianni Infantino avait également intérêt à ce que l’on sache que la procédure n’était pas dirigée contre lui.
De l’avis du procureur général, il n’y a aucune raison perceptible de perdre son temps pour une discussion non contraignante « sur des questions générales de droit pénal » ou même sur la question de savoir comment « le bureau du procureur général est organisé ». La présence d’André Marty en tant que porte-parole des médias du Ministère public de la Suisse n’a pas non plus de sens sur ces questions. Le procureur fédéral a seulement affirmé qu’André Marty lui avait présenté Rinaldo Arnold, le procureur fédéral, ce qui explique pourquoi il était « naturel » qu’André Marty prenne part à la discussion. Ce ne serait le cas que si la personne extérieure était un représentant des médias ; cependant, comme la personne extérieure était un procureur général et un délégué de la SSK, il n’est nullement nécessaire et aussi pas « naturel » qu’André Marty ait pris part à cette conversation.
Du point de vue de l’évolution des procédures de la FIFA, il convient de noter que celles-ci ont été affectées par la perquisition du 27 mai 2015 et l’important écho médiatique qui en a résulté, la conférence de presse du procureur fédéral du 17 mai 2015 et la conférence de presse du médiateur fédéral du 17 mai 2010. Dans ce contexte, il n’est pas plausible que le 8 juillet 2015, un procureur principal et le procureur général de la Suisse aient simplement ignoré tout cela, mais aient plutôt discuté de « questions générales de droit pénal » ou même de la question de savoir comment « le bureau du procureur général de la Suisse est organisé ». Ceci est d’autant plus vrai que Rinaldo Arnold et Gianni Infantino ont une relation personnelleEn ce qui concerne les déclarations faites, il convient de noter ce qui suit : Il est frappant qu’André Marty et le procureur fédéral ne peuvent ou ne veulent pas se souvenir des détails et contenus concrets de la discussion, mais avec des formulations pratiquement identiques et non spécifiques (« questions générales de droit pénal »), ils disent néanmoins quelque chose de vague sur le contenu de la réunion du 8 juillet 2015. D’un point de vue psychologique, cette affirmation ne peut s’expliquer que dans le contexte d’une langue commune.
Aux fins de la présente enquête, il est assez clair, sur la base des éléments de fait et de preuve susmentionnés, que, selon Rinaldo Arnold, la procédure de la FIFA était également en cause et que la procédure de la FIFA a été discutée. Rinaldo Arnold avait un motif pour obtenir des informations concernant les concurrents de son ami et concernant Gianni Infantino lui-même. La question de savoir si le procureur fédéral et/ou André Marty ont été sensibilisés à cet objectif cognitif par Rinaldo Arnold doit rester ouverte. Cela ne change toutefois rien au fait que les contenus mentionnés par le procureur général et André Marty dans leurs déclarations (« questions générales de droit pénal » et « comment le ministère public fédéral est-il organisé ») ne sont pas corrects.
La réunion du 16 juin 2017
En ce qui concerne la réunion du 16 juin 2017, le procureur fédéral et André Marty ont tous deux déclaré, lors des interrogatoires, qu’ils ne pouvaient se souvenir d’aucun d’entre eux.
Il est établi que le MPC, le 19 mai 2017, a fait une réservation écrite à l’hôtel Schweizerhof à Berne pour le 16 juin 2017; la réservation a été faite avec le nombre prévu de quatre participants et le forfait pour la location de la chambre comprend « l’eau minérale, les boissons non alcoolisées et le café Nespresso ». L’ordre de faire cette réserve était venu d’André Marty. Il est en outre établi que la facture de l’hôtel Schweizerhof datée du 16 juin 2017 indique les frais de réservation et cinq collations. L’inscription dans l’agenda des perspectives du Procureur général de la Confédération mentionne le Procureur général, XXXXXXXXXXXXX, André Marty et Gianni Infantino pour le 16 juin 2017 dans le « CH-Hof » avec des abréviations. Documenté est un trafic SMS entre André Marty et Rinaldo Arnold, selon lequel le train de « Gianni », c’est-à-dire Gianni Infantino, est retardé, et selon lequel il n’y a « aucun problème » avec la référence à la « Salle de réunion III, 1er étage ». Il est donc établi que pour le 16 juin 2017, non seulement une réservation a été faite, mais aussi une réunion a eu lieu à l’hôtel Schweizerhof. Si, ce qui ne peut théoriquement pas être exclu a priori, une salle de réunion avait été réservée pour le 16 juin 2017, mais qu’aucune réunion n’avait eu lieu dans la salle de réunion, l’exploitant de l’hôtel Schweizerhof n’aurait facturé que le remboursement forfaitaire de la salle de réunion. Le fait que cinq collations aient été explicitement facturées montre que la consommation a été faite sur place le 16 juin 2017. Si cinq collations à 6 francs suisses ont été consommées, les gens devaient également être sur place, d’autant plus que seuls le café, l’eau minérale et les boissons non alcoolisées étaient inclus dans le loyer de la salle, mais pas les collations. Il est possible de ne pas préciser si quatre ou cinq personnes étaient présentes. A l’exception de Rinaldo Arnold, les quatre autres personnes sont explicitement mentionnées (avec des abréviations) dans l’agenda des perspectives du procureur fédéral du 16 juin 2017. Le fait que Rinaldo Arnold était présent peut être déduit de l’échange de SMS entre lui et André Marty le 16 juin 2017, à 9h02 : « Bonjour, André. Le train de Gianni est en retard. Nous aurons quelques minutes de retard. A bientôt. Salutations ». [André Marty :] « Salut pas de problème. A l’étage, salle de réunion III ».
Le procureur fédéral et André Marty ont été confrontés en détail aux documents et preuves susmentionnés. Tous deux ont également affirmé qu’il y avait des trous dans leur mémoire lorsque les documents ont été soumis. Cependant, le procureur fédéral et André Marty ont également déclaré avoir une bonne mémoire.
Il est invraisemblable que le procureur fédéral et André Marty ne se souviennent pas de la rencontre du 16 juin 2017 à l’hôtel Schweizerhof. Lors de son interrogatoire, le procureur fédéral a déclaré à l’AS-MPC que la rencontre correspondait probablement à un certain « courant normal » et qu’il ne pouvait probablement pas s’en souvenir pour cette raison. La rencontre avec le « grand acteur » Gianni Infantino n’était pas aussi spéciale pour lui qu’elle pourrait l’être pour le monde extérieur. La mémoire s’estompe également avec d’autres personnes importantes au fil du temps. Et plus encore : depuis son entrée en fonction, le procureur fédéral oublie de plus en plus de détails dans le courant normal au vu du nombre de personnes. Il considère que cet oubli est normal. En comparaison, le Procureur fédéral et André Marty se souviennent tous deux de la rencontre bien moins pertinente avec Rinaldo Arnold, Procureur général du Valais, le 8 juillet 2015 au Parquet fédéral sur des « questions générales de droit pénal », alors que le Procureur fédéral rencontrait régulièrement Rinaldo Arnold en SSK. Cependant, le procureur fédéral et André Marty ne se souviennent peut-être même pas de la rencontre du 16 juin 2017 avec le président de la FIFA, de renommée mondiale en principe, bien que celle-ci ait également eu lieu à l’extérieur, à l’hôtel Schweizerhof.
Il n’est donc pas surprenant que la facture de l’exploitant de l’hôtel Schweizerhof a été imputée au centre de coûts du procureur général ou à la direction du ministère public. Il faut exclure que des personnes extérieures à la direction du Ministère public de la Suisse puissent être imputées à son centre de coûts.
En résumé, sur la base des faits et des preuves circonstancielles susmentionnés, une réunion a eu lieu le 16 juin 2017 à l’hôtel Schweizerhof à Berne, à laquelle ont participé le procureur fédéral, Gianni Infantino, André Marty et Rinaldo Arnold. Il est incontestable qu’il n’existe pas de procès-verbal de cette réunion. Aucun détail n’est connu sur le contenu de la réunion, mais le nombre de participants montre clairement qu’il s’agissait des procédures de la FIFA. Car tout autre sujet plus anodin aurait pu venir à l’esprit d’au moins un des participants connus de la réunion, selon l’expérience générale de la vie. Dans sa déclaration, le procureur fédéral ne nie plus que la rencontre a eu lieu.
Convictions de l’AS-MPC
L’affirmation du procureur fédéral selon laquelle les rencontres avec Gianni Infantino, qui ont été autorisées mais non consignées dans le procès-verbal, avaient servi à discuter de questions générales de procédure semble invraisemblable, compte tenu également du fait que la FIFA, présidée par Gianni Infantino, était représentée par un avocat en sa qualité de partie civile et pénale. La question se pose donc de savoir pourquoi Gianni Infantino n’aurait pas discuté de « questions de procédure » générales avec les avocats de la FIFA avec beaucoup moins de temps et d’efforts d’organisation ou – ce qui aurait également été discutable – pourquoi ces questions de procédure n’ont pas été discutées entre les avocats de la FIFA et les représentants du ministère public fédéral. En général, il convient de souligner dans ce contexte que la FIFA était et est toujours partie et que, par conséquent, les réunions publiques de l’autorité d’enquête sans parti avec une seule partie sont toujours extrêmement critiques à la lumière de la justice ministérielle mal vue. Il appartiendrait au procureur fédéral de reconnaître le caractère sensible de ces réunions et de prendre les mesures appropriées pour en éloigner l’odeur de l’illégal. Le comportement du procureur fédéral, qui a été mis en évidence au cours de l’enquête disciplinaire, montre cependant exactement le contraire. En tout état de cause, le procureur fédéral n’a pu démontrer ni la nécessité de son action ni même une plus-value inimaginable pour la procédure en cours.
Ainsi, l’AS-MPC elle-même a reconnu une odeur marquée d’illégalités dans ces réunions secrètes sensibles. Selon cette autorité, le procureur fédéral démontre exactement le contraire d’une attitude prudente et légale.
Les conclusions de l’AS-MPC sont d’une sévérité marquée
En ce qui concerne la rencontre avec Gianni Infantino le 16 juin 2017, le procureur fédéral a, à plusieurs reprises, sciemment et délibérément, dit un mensonge à l’AS-MPC.
La violation de l’art. 9 al. 2 StBOG, selon lequel le procureur fédéral est notamment tenu d’utiliser efficacement les ressources humaines, financières et matérielles du ministère public, est due à une négligence.
Les actes déloyaux du procureur fédéral, la violation du devoir de loyauté, l’entrave à l’enquête contre l’AS-MPC en ce qui concerne l’autorisation de faire des déclarations à des subordonnés qu’il a accordée et la violation du code de conduite du ministère public fédéral (interdiction de faire du commerce en cas de conflit d’intérts) ont été commis par négligence grave.
Le fait de ne pas avoir enregistré les réunions avec Gianni Infantino est dû à une négligence grave du procureur fédéral, tout comme la création d’un risque de violation du secret officiel lors des réunions du 22 mars 2016 et du 16 juin 2017, ce qui résulte inévitablement du fait que le Procureur fédéral lui-même a supposé que Gianni Infantino et Rinaldo Arnold (ce dernier pour les réunions du 22 mars 2016 et du 16 juin 2017) ne souhaitaient pas se présenter dans les bureaux du ministère public fédéral.
Les effets sur la procédure Blatter – Platini
L’avocat de Blatter, Me Erni, a choisi, dans l’introduction de sa plaidoirie, de simplifier sa tâche. Il dit en substance que le versement de 2’000’000 francs résulte d’un accord oral très clairement établi par la parole commune du débiteur et du créancier. Toute autre thèse relève de la construction spéculative. Me Erni n’a critiqué qu’en filigrane les erreurs émanant du MPC. On le comprend, il est lui-même l’avocat de … Michael Lauber !
Les avocats de Platini ne voudront certainement pas s’opposer à la démonstration de Me Erni. Mais de par leur indépendance marquée à l’égard de la FIFA et du MPC, ils pourront fustiger en plus le travail exécuté par le MPC. Et, dans ce cadre, ils ne manqueront pas, croyons-nous, d’exprimer l’idée qu’il est inconcevable qu’une procédure marquée du sceau de la déloyauté de la part du MPC puisse aboutir, en cas de versions contradictoires entre les parties, à admettre la version même des faits construits par la partie déloyale, à savoir le ministère public. L’autorité judiciaire devant apprécier les faits ne pourra pas ignorer les méthodes illégitimes et illégales utilisées par celui-là même qui a la charge de la preuve de la commission des infractions. La FIFA, quant à elle, pourra s’inquiéter d’avoir été – d’être – dirigée par un président, avocat de formation (sic !) faisant appel à un ami Brigand pour organiser des rencontres secrètes entre le MPC et la FIFA dans le dos de toutes les autres parties aux procédures pénales, dont Joseph Blatter et Michel Platini.
La conclusion toute régionale, donc plus anecdotique, est elle la suivante : dans le dossier du Fifagate, les Hauts-Valaisans (Lauber, Hildbrand, Blatter, Marty, Infantino, Arnold) ont fait fort, très fort; nous autres, Romands du Valais, n’avions jamais douté de leurs capacités claniques hors du commun.
Un bonjour glacial à ceux qui voudraient faire l’économie de l’analyse et des effets de ces fonctionnements délétères !
One thought on “Affaires FIFA, le procès Blatter – Platini. La marmite infectée du MPC (32)”
Article exhaustif et imparable, atterrant pour l’image de la justice aussi. L’impression citoyenne est que pour corriger ces bandes de petits copains (copines) qui écument TOUS les prétoires* il n’y aura bientôt plus que les mutations internationales tous les cinq ans, comme chez Nestlé (!) par exemple. Sinon c’est l’ancrage des mordions et combine et compagnie avec les locaux.
——————————-
* A Berne fédérale, cantonale, au Valais, dans les autres cantons suisses (belle remontée de Zoug en ce moment), à Paris (complicités dans l’affaire Sarkozy, au ministère aussi), en Italie (hors classe, qualification sans éliminatoire), à Londres (Affaire Assange), à Washington (Nixon 50e anniversaire du Watergate, Trump – en cours -, les conjointes des juges suprêmes en cours aussi, …), etc … Sans parler de Jérusalem, Téhéran, Pyongyang … vous avez dit Moscou ?
Article exhaustif et imparable, atterrant pour l’image de la justice aussi. L’impression citoyenne est que pour corriger ces bandes de petits copains (copines) qui écument TOUS les prétoires* il n’y aura bientôt plus que les mutations internationales tous les cinq ans, comme chez Nestlé (!) par exemple. Sinon c’est l’ancrage des mordions et combine et compagnie avec les locaux.
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* A Berne fédérale, cantonale, au Valais, dans les autres cantons suisses (belle remontée de Zoug en ce moment), à Paris (complicités dans l’affaire Sarkozy, au ministère aussi), en Italie (hors classe, qualification sans éliminatoire), à Londres (Affaire Assange), à Washington (Nixon 50e anniversaire du Watergate, Trump – en cours -, les conjointes des juges suprêmes en cours aussi, …), etc … Sans parler de Jérusalem, Téhéran, Pyongyang … vous avez dit Moscou ?